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Une édito
 

ÉDITO DU 23 FÉVRIER 2015.

LA REPRISE DE KOBANÉ: MARQUEUR DE FIN OU DÉBUT DU CONFLIT ?

Le 11 octobre 2014, à propos de la ville de KOBANÉ, je titrais mon édito : «En frappant l’État-dit-islamique en Syrie, fait-on le jeu de Bachar El-Assad» ?

Après quatre mois de frappes aériennes quotidiennes par la coalition internationale, de violents combats menés au sol par les Kurdes, la ville de Kobané a desserré l’étreinte qui l’asphyxiait, au prix de centaines de victimes de part et d’autre.

Quelles en sont les conséquences ?

En Turquie d’abord, l’ambiguïté de la position du gouvernement turc et son refus de participer à la coalition internationale, après l’attaque de Kobané par les djihadistes de Daech, a eu de profondes répercussions. Cette ambiguïté traduisait les craintes d’Ankara de renforcer le PYK (parti kurde de Syrie), allié du PKK turc, en lui livrant des armes.kurde

Recep Erdogan, président turc -qui au début de l’offensive aérienne de la coalition sur Kobané, pointait les erreurs américaines, affirmant que l’objectif de Washington n’était plus de faire tomber le régime de Bachar El Assad-, a revu sa position, suite à «un coup de fil» du président Obama. En renforçant les Kurdes, cet épisode marquera le futur en Turquie. 

En Irak ensuite, où une offensive se prépare (rassemblant les Kurdes irakiens, l’armée régulière irakienne à majorité chiite, avec le concours de la coalition internationale) visant la reprise de Mossoul pour le printemps prochain, (toujours aux mains de Daech). Mossoul, de même que la ville de Kirkouk, que le Kurdistan autonome irakien n’a pas renoncé à annexer, .

Au prix de bombardements intensifs par l’aviation de la coalition internationale, et sans doute de milliers de victimes, Mossoul tombera, mais après ?

Nous verrons naître un Kurdistan autonome irakien géographiquement et économiquement renforcé, et un Irak chiitekurdistan qui continuera à s’opposer aux tribus sunnites qui constituent l’essentiel des forces de Daech sur le territoire irakien. 

Daech, dont les chefs militaires sont d’anciens officiers, sunnites, de l’époque de Saddam Hussein, et pour lesquels Daech n’est qu’un «véhicule» pour parvenir à reconquérir Bagdad, au détriment du pouvoir chiite en place et de son protecteur iranien.

Si je compare Daech à un «véhicule», c’est pour mettre en évidence que tous les passagers de ce «véhicule» n’ont pas nécessairement les mêmes intérêts.

Nous avons vu quel était l’objectif des anciens militaires sunnites nostalgiques de l’époque de Saddam Hussein.

califat 

L’intérêt des idéologues de Daech est tout autre : il s’agit de la mise en place d’un Califat, lequel par essence n’a pas de frontières, ce qui explique les différentes actions menées, en Syrie et en Irak bien sûr, mais aussi en Libye, dans le Sinaï, et les «coups» portés au monde occidental, comme en France et en Belgique.

Ces «coups», dont l’intérêt paraît évident pour la «légion djihadiste» occidentale qui s’est mise au service de Daech. 

 L’Iran, en intervenant par l’entremise de sa brigade Al-Qods avec à sa tête le général Souleimani, a non seulement aidé, en août 2014, le pouvoir irakien chiite à protéger Bagdad d’une conquête par Daech, mais a aussi utilisé en décembre son aviation pour bombarder et déloger Daech de la province irakienne de Dyala (située à sa frontière ouest, elle portait en germe un risque d’infiltrations sur son territoire dans la province de Kermanshah).

En Irak, il paraît clair aujourd’hui que seule une fédération regroupant les trois composantes que sont les Kurdes, les Chiites et les Sunnites peut venir à bout de Daech. Encore faudrait-il pour cela convaincre les tribus sunnites de se désolidariser de Daech, moyennant la promesse d’un état autonome, dans une fédération irakienne.

Pour en arriver là, l’aval de l’Iran pour la partie sunnite, et de la Turquie pour un Kurdistan officiellement autonome seront nécessaires.

Pour la Syrie, les perspectives paraissent plus sombres. Les opposants à Bachar Al-Assad, soutenus par les États-Unis et l’Europe, sont faibles et désorganisés face à Daech et Al-Nosra, branche syrienne d’ Al-Qaida.

hope

 

Fin janvier, des opposants syriens et des émissaires du président Bachar Al-Assad ont entamé à Moscou des pourparlers visant à reprendre un dialogue après presque quatre ans d’une guerre qui a fait 200.000 morts. Ce sont-là les premières discussions entre des membres de l’opposition, notamment des représentants du Comité national de coordination des forces de changement démocratique (CNCD), des Kurdes, et des responsables du régime depuis l’échec des pourparlers de Genève II, en février 2014. 

Mais l’absence de la Coalition Nationale Syrienne installée à Istanbul, -plus ou moins sous protection turque-, qui estime que de telles discussions devraient avoir lieu sous l’égide de l’ONU, en pays neutre et non pas à Moscou (soutien indéfectible de Damas), ne devrait pas permettre à ces discussions une réelle avancée, bien que les États-Unis aient déclaré «soutenir tout effort qui pourrait permettre d’obtenir une solution».

Bachar Al-Assad étant représenté à cette réunion, les occidentaux, Américains en tête, ont infléchi leur position et ne réclameraient plus aujourd’hui le départ immédiat du président syrien, avec lequel il faudra bien composer a-minima durant un temps, si l’on veut vraiment détruire Daech !

À terme, si une solution fédérale peut voir le jour en Irak, je pense qu’en Syrie nous en sommes loin.

Si une telle éventualité se produit en Syrie (sous une organisation fédérale), on pourra dire qu’un siècle après, on assiste à la fin du processus de démantèlement de l’empire Ottoman et à la mort des accords Sykes-Picot de 1917. Mais n’est-ce pas ce que cherche Daech ?

Dans cette hypothèse, nous ne sommes qu’au début d’un processus long, dangereux, éprouvant en pertes humaines, mais inévitable, tant que l’Islam sera en guerre avec lui-même.

Jean-Yves TRÉGUER



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