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Édito du 20 mai 2018

Les Inconséquences du président Trump.

La décision du président Trump de sortir unilatéralement de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, même si elle était attendue n’en est pas moins brutale, aussi bien sur la forme que sur le fond, de par ses attendus.

Sur la forme, le président américain, fidèle à son image, a débité son texte, comme à son habitude, avec mépris, frisant l’indécence lorsqu’il s’adresse au « grand peuple iranien » qu’il s’apprête une fois encore à châtier…

Sur le fond, la sortie unilatérale (j’ai presque envie de dire pour convenance politique et/ou personnelle), d’un accord international, ratifié par l’ONU, la mise en place de sanctions extraterritoriales, visant principalement l’Europe, laissera une trace indélébile, dans les futures relations internationales des États-Unis.

Cette décision, a déjà entraîné des répercussions et pourrait en entrainer d’autres.

Régionales, déjà explicites avec les « accrochages » israélo-iraniens en Syrie, à partir du plateau du Golan.

Certains analystes argumentent sur la question « que fait l’Iran en Syrie » ?

Pour mémoire, d’une part, la Syrie et l’Iran ont un accord d’assistance réciproque depuis la guerre Irak-Iran, durant laquelle la Syrie était le seul pays allié de l’Iran et d’autre part le Golan, territoire syrien conquit par Israël lors de la guerre « des six jours » en juin 1967 et qui a fait l’objet en novembre 1967 de la résolution 242 de l’ONU, votée à l’unanimité et imposant la restitution à la Syrie, de cette partie de son territoire.

Faisant fi de cette résolution, Israël arguant de son droit à se défendre, a annexé le plateau du Golan en 1981. Au vu des décisions de l’ONU, on serait aussi en droit de se poser la question de la présence israélienne en Syrie.

Ces accrochages peuvent-ils déboucher sur une guerre directe entre Iran et Israël ?

Guerre verbale et psychologique, sans aucun doute. Mais une guerre militaire sur le sol syrien est à exclure, dans l’immédiat.

Premièrement, l’Iran sait pertinemment que les moyens militaires israéliens sont plus efficients que les siens, notamment dans le domaine aérien. S’il s’agissait de guerre militaire sur le sol iranien, ce serait autre chose, et là Israël sait qu’ils n’ont pas les moyens.

Deuxièmement, l’Iran n’a, pour le moment, aucun intérêt à aller vers une escalade, mais au contraire d’affirmer une « forme de paix », pour consolider ses positions de force au Liban, en Irak, en Syrie, voire au Yémen.   

Ce que cherche Israël, c’est à être protégé sur son territoire et ceux annexés, mais craint que l’Iran, grande nation historique de 80 millions d’habitants, ne devienne par ses implications libanaises et syriennes, une menace puissante contre sa politique palestinienne.

Ce n’est pas, comme ils viennent de le faire à Gaza, en rajoutant de l’humiliation sur de l’humiliation, qui par effet mécanique engendrera de la haine sur de la haine, qu’Israël prend le chemin de la paix !!

C’est là que se situe le point de convergence des intérêts israéliens, saoudiens et américains : affaiblir au maximum la puissance économique iranienne.

C’est sur quoi parie le président Trump. Il pense être plus fort que ses prédécesseurs et doit estimer qu’avec le rétablissement de sanctions économiques « durcies », il sera à même de faire plier l’Iran et d’entrainer l’effondrement du régime.

Sous couvert d’anonymat un diplomate français déclarait récemment à Bruxelles :

« Le temps est venu de demander aux Américains, si leur objectif final est que les Iraniens renoncent à leur programme nucléaire ou si c’est de se débarrasser du régime ».

Face à la résilience chiite, le pari est, à minima, osé !!

Quelles seront les conséquences pour les relations économiques américano-européennes ?

pollutionLa question qui doit être posée, est celle de la capacité de l’Europe à se défendre face aux « oukases » économiques américaines, dont les sanctions extraterritoriales sur l’Iran, ne sont pas les premières. Il y a deux mois le président Trump annonçait une augmentation des tarifs douaniers américains sur l’acier et l’aluminium européen, (mais peut-être que si l’Europe se plie à sa volonté sur l’Iran, pourrait-il faire un effort sur l’acier et l’aluminium !)

Sans oublier son retrait de la COP 21, qui peut aussi être considéré comme un élément de guerre économique.

 

Dans sa capacité à se défendre, l’Europe doit intégrer un paramètre qui est celui de la « toute-puissance » donnée au dollar américain, non seulement dans les domaines pétroliers et aéronautiques, mais d’une façon plus globale dans les échanges internationaux.

Dans le champ des transactions pétrolières, il sera très difficile de contourner le dollar, l’OPEP en ayant fait sa monnaie de référence et d’échanges. Comme dans le cadre des sanctions américaines, l’Europe se verrait de nouveau interdite d’acheter du pétrole iranien, un groupe comme TOTAL sera pénalisé, au même titre que les autres pétroliers européens.

Mais pour les autres transactions, même aéronautiques, il serait grand temps que l’Europe ouvre les yeux et se serve des outils dont elle dispose, et en premier lieu l’EURO.

L’Europe est le premier marché mondial (deuxième en termes de PIB) et si la volonté politique voulait bien se mettre en place, il ne lui serait pas trop difficile d’imposer l’EURO dans ses transactions.

L’Europe pourrait aussi envisager de contrer les sanctions américaines en recourant à des dispositifs qui permettraient aux entreprises européennes, de ne pas se soumettre à des réglementations sur des sanctions prises par des pays tiers.

bras de ferPar exemple, par le biais d’une directive européenne, c’est-à-dire un texte de loi national et européen, qui aurait pour objet d’autoriser les entreprises européennes à ne pas se conformer à la législation américaine, que celle-ci soit imposée par « l’Office of Foreign Assets Control » ou par le Trésor américain.

Ceci a déjà était fait en 1996, lorsque la législation américaine, dans le cadre du blocus sur Cuba, voulait interdire aux pays européens d’acheter du gaz russe.

Autre exemple, en se dotant d’outils financiers indépendants qui garantiraient les activités commerciales de l’U.E., là où elle l’aurait décidé.

Par exemple en mettant en place une messagerie bancaire européenne, sécurisée, qui serait une alternative au SWIFT (d’origine européenne, mais « fagocité » aujourd’hui par la finance américaine).

Pourquoi ne pas saisir, la Commission Européenne, le Parlement Européen et la Banque Centrale Européenne, sur de tels dispositifs ?

Le principe des sanctions extraterritoriales, quel que soit le pays visé, devrait être considéré comme inacceptable par la communauté internationale.

Les Européens n’ont pas à être pénalisé, pour le non-respect par les Etats-Unis, d’un accord international dans lequel leur signature était engagée.

Souvenons-nous que déjà, en 2012 et 2013, Peugeot puis Renault avaient été « sommés » par les américains, de cesser toutes activités en Iran. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le gouvernement français de l’époque n’avait pas mis beaucoup d’empressement à défendre ces deux sociétés, ce qui avait entraîné la destruction de plusieurs milliers d’emplois.Les relations économiques irano-européennes sont suspendues à la capacité dont fera preuve l’Europe, pour neutraliser ces sanctions et poursuivre le processus de Vienne avec les autres signataires, que sont la Chine et la Russie.

 

Au-delà de l’aspect économique pour l’Europe, il faut également que le gouvernement iranien, et principalement le président Rohani, y trouve son compte, en matière de retombées économiques et d’investissements, pour son pays.

Ceci, afin de pouvoir faire échec à la pression des conservateurs qui, à l’intérieur du régime iranien, se sont toujours opposés à cet accord.

C’est la raison pour laquelle, je ne pense pas que la renégociation de l’accord de Vienne soit la bonne solution, tel que le suggère la France.

Un accord, lorsqu’il a été signé, est le résultat d’un compromis sur des négociations qui ont duré plusieurs mois, parfois plusieurs années. Chaque partie à l’accord, est à la fois gagnante et perdante.

Par contre, négocier un nouvel accord, relatif au balistique iranien et à son implication régionale est tout à fait possible. Mais il doit s’agir d’un nouveau chapitre, et non pas de « détricoter » l’accord de Vienne.

Si une telle hypothèse se concrétisait, quel signal serait envoyé à Washington par les Européens !!

Par sa décision unilatérale, le président Trump lance un défi aux Européens :

        « Se coucher et suivre les États-Unis, ou s’affirmer et s’y opposer »

L’Europe a besoin de conscience, de cohérence, et en prenant cette décision, le président Trump ouvre aux Européens, une opportunité pour exister et agir.

Si nous ne la saisissons pas, les iraniens n’auront pas d’autre choix que de reprendre leur course vers le nucléaire !

C’est peut-être (sans doute) ce que cherche le président Trump, pour s’offrir l’opportunité, de frapper militairement l’Iran et essayer de changer le régime.

Bon courage à lui !

Jean-Yves Tréguer

Délégué Départemental du MoDem

 

 

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