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late 19th-early 20th century --- A painting of the Battle of Karbala, which took place on October 10, 680 A.D., in present day Iraq. The battle consisted of the large army of Umayyad Caliph Yazid fighting against 72 soldiers fighting with Imam Husayn, a grandson of the prophet Muhammed. Iman Husayn was killed during this battle. | Located in: Brooklyn Museum.  --- Image by © Brooklyn Museum/Corbis
 

ÉDITO du 26 MARS 2018 L’IRAN PUISSANCE HÉGÉMONIQUE ?

 (2 ème partie)

Liban, Irak, reste la Syrie…

Le conflit syrien, déclenché dans ce que l’on pourrait appeler, la queue de la comète du printemps arabe, est un conflit multicouche, qui démarre en juillet 2011…

Le contexte :

L’embellie économique vantée par le pouvoir syrien, n’a profité qu’à une bourgeoisie des villes, proche du régime, au train de vie affiché et lié à une corruption généralisée, tandis que la majeure partie des Syriens vivaient dans la pauvreté. La libéralisation, voulue par le régime, a été incapable de favoriser l’activité économique, creusant un chômage important chez les jeunes diplômé(e)s. A cette situation, s’ajoute un maillage sécuritaire étouffant.

Une sécheresse, de 2006 à 2010, poussera les populations à rejoindre la périphérie des villes, réunissant les conditions optimales pour provoquer une explosion sociale.

Il suffisait d’une étincelle, pour mettre le feu à la première couche.

l'Iran la carte

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 La première couche :

Elle viendra de réponses répressives à une «gaminerie» transgressive, comme on peut en commettre à l’adolescence.

Dans les rues de DERAA, en mars 2011, des slogans anti régime sont écrits sur les murs par de jeunes collégiens. Arrêtés par les forces de sécurité, le régime dans son aveuglement imbécile les emprisonne et les torture, entraînant des manifestations qu’il ne sait pas réprimer autrement qu’en tirant dans la foule.

l'Iran manif

Des civils prennent les armes pour défendre, qui leurs quartiers, qui leurs villages. Certains militaires refusent de tirer sur la foule et sont, soit fusillés par le régime ou poussés à la désertion vers la Turquie pour créer ce qui deviendra l’ASL (Armée Syrienne de Libération)

Ce tournant de la militarisation fera passer la révolte syrienne, de l’état de «révolution» à l’état de «guerre civile», qui rapidement prendra la tournure d’une «guerre contre les civils», donc de l’armée contre les civils. Ceci introduira un paramètre communautaire, par le fait que, armée et services de sécurité sont essentiellement de confession alaouite (branche du Chiisme), seules professions que l’empire ottoman leur avait laissé exercer. Ils ne représentent qu’environ 10% de la population, face aux 72 % de Sunnites. Les autres confessions présentes sont : 8% de Chrétiens (3 rites différents), 9% de Kurdes et 1 % de Druzes.

La deuxième couche :

A l’été 2012, l’ASL s’empare de la majeure partie d’Alep, d’Idlib et de plusieurs postes frontières avec la Turquie, facilitant le passage à la fois des armes, de milliers de réfugiés fuyant les bombardements de l’armée de Bachar el Assad, mais aussi, dans l’autre sens, des premiers combattants étrangers, venant grossir les rangs de Daesh, ce qui ne sera pas sans conséquences.

C’est à cette période, courant été et automne 2012, qu’il eût fallu intervenir contre le régime de Bachar el Assad, en détruisant ses infrastructures militaires. Les États-Unis de Barack Obama en décidèrent autrement, l’Europe une fois encore fut absente et la France de François Hollande décida de ne point y aller.

A ce stade du conflit, fin 2012 début 2013, 4 forces sont en présence :

Les forces gouvernementales loyalistes au régime de Bachar el Assad, comprennent outre l’armée régulière, des milices et autres groupes étrangers, dont le Hezbollah (vieille connaissance). Ces forces, ne contrôlent plus que ce que l’on nomme la «Syrie utile» et profitent de leur suprématie aérienne pour bombarder les différentes forces dites «rebelles», sans distinction entre civils et groupes armés.

L’opposition armée syrienne, émanation de l’ASL (à l’origine composée de civils ayant pris les armes), est constituée de différents groupes hétéroclites. Elle n’a jamais su, ou réussi, à s’organiser en une force coordonnée et centralisée. Dépendante de l’aide extérieure pour son financement et ses équipements, l’opposition armée syrienne est petit à petit gangrenée par des groupes islamistes plus ou moins radicaux et sponsorisés par les pays du Golfe. Après avoir contrôlé une bonne partie de la Syrie, l’opposition armée syrienne perdra ses combattants, attirés par les brigades islamistes où ils sont mieux armés, mieux rémunérés.

A ce stade aussi, l’aide occidentale, maintes fois promise, a fait défaut à l’opposition armée syrienne, laquelle, de par ses divisions claniques et ses différentes «chapelles», n’est pas non plus exempte de tout reproche.

L’État islamique ou Daesh, essentiellement impliqué en Irak jusque-là, apparaît sur le théâtre syrien au printemps 2013, avec un agenda tout autre que celui de l’opposition armée syrienne. Il n’est pas nécessaire ici de revenir sur les états de services» de Daesh, sinon pour dire, qu’à partir de l’été 2014, mais surtout de l’automne 2015, il verra se dresser contre lui une coalition dont les raids aériens précipiteront sa défaite (j’y reviendrai plus loin).

Les forces kurdes syriennes, contrôlent la zone nord-ouest le long de la frontière turque. Elles sont essentiellement composées des Kurdes syriens du PYK, branche syrienne du PKK turc. L’avancée de Daesh a fait que les Kurdes syriens se sont retrouvés en première ligne à lutter contre l’armée de l’État Islamique à Kobané, d’où ils sortiront vainqueurs, avec l’appui aérien de la coalition occidentale et ses fournitures d’armes (contre la volonté turque, entraînant de la part d’ Erdogan, un changement de stratégie et d’alliés).

La Turquie d’Erdogan qui n’a pas réussi à empêcher l’autonomie du Kurdistan irakien, est prête à tout et son contraire, pour empêcher l’installation d’un Kurdistan syrien autonome, et explique son entrée en territoire syrien et à la prise d’AFRIN.

La troisième couche :

Les deux premières couches se sont superposées. Cette troisième couche : le rôle de l’Iran, est transversale aux deux premières.

Dès 2011, les services iraniens sont impliqués, par l’aide apportée au régime syrien dans les domaines de lutte anti-émeute, de propagande, de cyberguerre (moyens de contrôle des communications).

En parallèle, l’Iran apportera au régime syrien un soutien politique et diplomatique sans faille auprès des instances internationales. Sur le plan militaire, la présence de la force Al-Qods (unité d’élite des Pasdarans), est avérée dès 2012. En réalité cette force a toujours été présente en Syrie, depuis la présence israélienne au Liban (voir ci-dessus Liban)

Cette présence en Syrie répondait pour Téhéran à deux impératifs essentiels :

l'Iran oléoduc 

Préserver les acquis politiques de l’investissement au Liban puis en Irak et confirmer la continuité de l’arc chiite, en s’assurant que Damas ne tombe pas sous une domination sunnite.

Préserver un «chemin» pour un éventuel futur gazoduc permettant d’atteindre la Méditerranée sans avoir à traverser de terres sunnites. Ceci bien sûr, dans une optique future d’exportation de gaz naturel, dont l’Iran est aujourd’hui le 3ème producteur mondial (avec des réserves prouvées, qui le place au 1er rang mondial).

 

 

La quatrième couche :

Israël : en effet miroir à l’implication iranienne en Syrie, Israël a pour objectif d’essayer de contrer toute concentration de forces et/ou de matériels qui pourraient servir au Hezbollah et via le sud Liban, menacer Israël. A cet égard, l’aviation israélienne procède à de fréquents bombardements de positions des «milices chiites» sur le sol syrien.

La cinquième couche :

C’est l’intervention russe. Programmée en mai, elle sera déclenchée le 30 septembre 2015 et changera radicalement la nature et les conséquences de la guerre civile syrienne.

L’intervention russe, à ce moment- là, répond à trois critères rationnels :

L’effondrement programmé du régime de Bachar el Assad.

L’avancée vers l’ouest de la Syrie, des forces de l’État islamique (Daesh).

Le respect des traités de coopération et d’assistance, liant Syrie et Russie.

A cette époque, mi-2015, les analystes considèrent que le régime de Bachar el Assad est en sursis. Face à l’avancée des troupes de l’État islamique, la Russie en conclut qu’il pourrait y avoir amalgames et convergences d’intérêts à court terme, avec d’autres mouvements djihadistes, et création -après l’effondrement du régime syrien- d’une sorte de front panislamique, soutenu par la Turquie, le Qatar et les Saoudiens. Ce front, gagnant la base du Caucase, risquerait d’entraîner instabilité et terrorisme aux frontières de la Russie.

L’Iran prendra sa part dans cette analyse décisionnelle, ne voulant en aucun cas, voir Damas tomber du côté sunnite.

Dès lors, les raids aériens russo-syriens s’amplifieront, pilonnant, sans distinction les positions des différents groupes (Armée Syrienne Libre, Front Islamique Salafiste, Front Al-Nosra, Daesh, au total une vingtaine de groupes différents, tantôt alliés, tantôt adversaires).

Ce pilonnage systématique aura pour corollaire, la reconquête du territoire par les troupes gouvernementales du régime de Bachar el Assad, avec le soutien des milices chiites, du Hezbollah, de la force Al Qods iranienne et de la milice pro russe «Wagner».

Dans ce conflit syrien, certaines alliances se sont avérées être à géométrie variable.

Par exemple la Turquie, adversaire farouche de Bachar el Assad au début du conflit, devient aujourd’hui un allié objectif du régime syrien et de son allié russe, dans sa volonté d’éradiquer toutes velléités d’indépendance kurdes.

D’autres, pourraient le devenir…

Autant je reste persuadé de la volonté iranienne de ne pas autoriser une main-mise sunnite sur Damas, autant je suis plus circonspect sur un soutien inconditionnel à Bachar el Assad, lorsque viendra le moment de régler les additions. Si les conditions sont requises pour -comme ils l’ont fait au Liban et en Irak-, détenir le pouvoir par des intermédiaires dévoués, ils lâcheront sans hésitation Bachar el Assad.

Après tout, après la guerre avec l’Irak de Saddam Hussein, et avant sa mort, l’ayatollah Khomeini faisait le constat d’un échec, qui était quelque part aussi, l’échec de sa vie :

l'Iran MontazeriEn ne nommant pas, comme successeur potentiel l’ayatollah Montazeri (le doctrinaire chiite le plus instruit à l’époque dans la hiérarchie des ayatollahs), mais à sa place l’ayatollah Khamenei (loin d’être le plus qualifié pour ce poste de guide suprême), il remit en cause le principe même du «velayat-e-faqih» («gouvernement du docte», principe de base de la gouvernance d’une république islamique). Par cette décision, il donna au pouvoir séculier priorité sur le pouvoir religieux.

A regarder l’Iran d’aujourd’hui, il est impossible de dire si ce sont les autorités religieuses ou militaires qui mènent le pays. Si l’on pose la question, il sera la plupart du temps répondu que l’Iran est une théocratie, ayant à sa tête des idéologues religieux.

Si la théologie constitue effectivement, les fondements des croyances et de la politique en Iran, ceux qui aujourd’hui détiennent le pouvoir, le tirent, premièrement des services de sécurité et deuxièmement des militaires. Même si ceux-ci sont des ecclésiastiques, ils sont rationnels, pragmatiques et calculateurs.

Pendant plus d’une vingtaine d’années, ils ont laissé s’agiter le dossier du nucléaire, s’en servant comme d’un paravent pour d’autres activités, bien plus essentielles à leurs yeux, comme le noyautage au Liban, en Irak, en Syrie, comme nous avons essayé de l’analyser ci-dessus, mais aussi au Yémen ou à Bahreïn.

Partant de ces différents constats, on pourrait raisonnablement en conclure que l’Iran est une puissance à visées hégémoniques (qui sous-entend une volonté de domination souveraine).

Les faits autorisent à une telle conclusion. Personnellement, je pencherais plutôt vers une volonté de domination plus subtile, dans laquelle, sous une forme d’apparence religieuse, se cache une volonté de contrôler le Moyen-Orient et le Levant, ce qui serait, ni plus ni moins, qu’un retour de quarante ans en arrière, au temps du Shah, quand l’Iran était considéré comme le «gendarme» du Golfe «arabo-persique».

Jean-Yves TRÉGUER

Délégué Départemental Modem

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