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ÉDITO DU 11 MARS 2018

L’IRAN, POUVOIR HÉGÉMONIQUE AU LEVANT ?

Réfléchissant au conflit syrien, je suis arrivé à la conclusion qu’il fallait le considérer dans un contexte historique, pour essayer de comprendre le jugement porté sur les tentations hégémoniques prêtées à l’Iran.Copie de la guerre froide qui, durant cinquante ans, opposa leurs mentors respectifs, Russie et États-Unis, le conflit asymétrique et régional qui oppose l’Iran et l’Arabie Saoudite au Levant est-il un conflit religieux ou politique ? Ce sujet sera traité en deux parties, aujourd’hui, Liban et Irak puis Syrie et conclusions à tirer .

Un peu d’histoire pour déterminer comment l’Iran a su tirer parti des faiblesses adverses.

LIBAN

liban-carte-confessionsSuite à l’assassinat de son ambassadeur à Londres par le groupe Abu Nidal, Israël lance le 6 juin 1982 l’opération «Paix en Galilée», contre l’OLP de Yasser Arafat, en pleine guerre civile au Liban. L’armée israélienne occupe rapidement la majeure partie du Liban, dont Beyrouth, où Tsahal1 fait jonction avec les Forces Libanaises chrétiennes de Bachir Gemayel.

Yasser Arafat et son état-major seront exfiltrés de Tripoli (Liban) vers Tunis. Bachir Gemayel élu président de la République libanaise, périra 3 semaines plus tard, parmi les 60 morts de l’attentat contre son quartier général. S’ensuivront les massacres de Sabra et Chatila…

A cette même période, la guerre Irak-Iran s’est enlisée, et c’est d’une guerre de positions plutôt que de conquêtes, que dès lors il s’agit. Suite à l’invasion irakienne de septembre 1981, 2l’Iran vient de reconquérir son territoire et Khomeini, refusant le cessez le feu proposé par Saddam Hussein, envoie via Damas, les premiers Pasdarans, dans la plaine de la Bekaa, à la frontière libano-syrienne. Tête de pont, d’où ils peuvent observer et s’infiltrer.

Les Chiites libanais (à l’époque représentés par le parti AMAL), étaient plus spectateurs qu’acteurs dans la guerre civile libanaise, opposant chrétiens maronites, musulmans sunnites et druzes. Un incident à Nabatyeh (sud Liban) va les «réveiller» : lors de la commémoration de la fête chiite de l’Achoura (rappelant le massacre de Hussein, petit- fils du prophète Mahomet par les sunnites omeyyades, à Karbala, aujourd’hui située en Irak).

Une patrouille israélienne traverse la procession. S’en suivent des jets de pierres (première intifada). Les soldats israéliens ouvrent le feu, tuent plusieurs Chiites libanais… marquant le début de l’expansion du Hezbollah au Liban, (se démarquant du parti chiite AMAL). Les Pasdarans en observation dans la Bekaa, en profitent pour encadrer le Hezbollah naissant.

À la suite du massacre de Hussein à Karbala (en 680 de notre ère), le chiisme érigera le martyr en doctrine, et ce n’est pas un hasard si une école des martyrs, suite à cet incident, sera fondée à Nabatyeh, financée par la fondation iranienne pour les martyrs.

A partie de 1983, elle sera, malheureusement, très active dans nombre d’attentats kamikazes dont la France aura aussi à souffrir.

Comme le résume Georges CORM dans son livre «Le Proche Orient éclaté» parlant de la guerre civile libanaise : «les partis et leurs milices ont constitué, pour les opportunistes et les ambitieux de tous bords, des instruments de promotion sociale rapide».

L’argent des milices était, aussi, un moyen de redistribution sociale. D’abord vers les familles des miliciens, puis vers des populations sympathisantes. Le Hezbollah chiite, aidé par l’Iran, poussa cette logique de redistribution vers une communauté traditionnellement déshéritée s’assurant ainsi de sa fidélité durable.

iraniraq 

 Dès 1983, ces réseaux chiites libanais seront utilisés par l’Iran pour frapper les soutiens de l’Irak, tels les USA et la France (immeuble Drakkar à Beyrouth). Le refus par les Nations-Unies de déclarer l’Irak agresseur, entraînera de facto, la volonté iranienne de renforcer ses positions au Liban, en prémices d’une guerre longue avec l’Irak (elle prendra fin en 1988).

 

  

Nasrallah

 

Sur ces bases fut construit le Hezbollah de Narallah, aux fins de constituer pour l’Iran au Liban, un allié stable et fiable au plan politique, ce qu’il est devenu. Mais aussi pour constituer une force militaire capable dans un premier temps d’actions militaires non conventionnelles et surtout de créer au nord d’Israël une menace permanente. Cette stratégie trouvera un premier succès avec le départ forcé des troupes israéliennes du Liban en mai 2000 et la participation continue du Hezbollah au gouvernement libanais depuis 2005.  En 2006, Israël tentera à nouveau de déloger le Hezbollah du sud Liban. Sans plus de succès.

 

 

Michel AounMichel AOUN, (chrétien) actuel président du Liban a été élu avec le soutien du Hezbollah, lequel a, sans nul doute, œuvré auprès de Michel Aoun, pour qu’il refuse la démission de Saad Hariri (après son «escapade» saoudienne). Le tout avec la «bénédiction» de l’Iran, qui a besoin d’une certaine stabilité au Liban.

Le Liban a servi de laboratoire à l’Iran pour mettre en place une stratégie d’influence, sans fournir de troupes mais en se servant de ses intermédiaires chiites, formés et entraînés par les Pasdarans au travers de la brigade Al-Quds. Un expert militaire faisait la remarque suivante : «Le génie iranien est d’avoir su tisser un réseau de relais locaux qui permet à Téhéran de contrôler, sans avoir besoin d’être massivement déployé sur place».

IRAK :

Ce qui avait fonctionné pour le Liban, aura servi de répétition en 2003, quand George W Bush offrira l’Irak sur un plateau aux mollahs iraniens.bush En poste à Téhéran à l’époque, j’avais annoncé que les États-Unis gagneraient la bataille en moins de trois semaines, mais qu’ils perdraient la guerre. Ce qui fut fait. Je passe rapidement sur la période de mars à novembre 2003 qui verra successivement l’assassinat à Nadjaf de Abdel Madjid al-Khoï, chef chiite modéré ; le rassemblement d’un million de personnes à Karbala ville sainte chiite ; la nomination, par l’administration de George W. Bush, de Paul Bremer comme administrateur civil pour l’Irak ; le retour triomphal de son exil en Iran de l’ayatollah Mohammad Baqer Hakim (chef de l’assemblée suprême de la révolution islamique en Irak) puis son assassinat à la voiture piégée, toujours à Nadjaf.

En novembre 2003 l’ayatollah Sistani, le plus haut dirigeant chiite irakien, exige des élections immédiates au suffrage universel, sachant pertinemment que la population irakienne est majoritairement chiite (62%).

Cette période de l’occupation américaine sera le théâtre d’attentats multiples, perpétrés principalement contre la population chiite, vraisemblablement (mais pas que), par les anciennes troupes sunnites liées au parti Baas et à Saddam Hussein.

L’appel à des élections générales lancées par l’ayatollah Sistani (qui n’a pas l’appui de l’Iran) ne trouvant pas d’échos auprès des américains, Moqtada-Sadr, et sa milice chiite, provoquèrent alors de violents affrontements avec les troupes de la coalition américaine.

En janvier 2005, des élections générales multipartites (les premières en Irak depuis 1953) ont enfin lieu mettant largement en tête la liste chiite soutenue par l’ayatollah Al- Sistani (48% des voix), devant la liste kurde (25%). Les kurdes dans le nord et les chiites dans le sud et à Bagdad ont massivement voté, contrairement au centre du pays à majorité sunnite.

Talabani 

En avril 2005, le kurde Talabani est élu président de la république et Al-Jaafari (chiite du parti DAWA, soutenu par Sistani, mais pas par l’Iran) nommé premier ministre. En 2006, Nouri Al Maliki, (membre aussi du parti chiite DAWA, mais sans nul doute, l’un des «intermédiaires» iraniens), succédera à Al-Jaafari (Chiite rejeté par les Kurdes, les Sunnites et n’ayant pas l’appui de Téhéran). Il formera un gouvernement à majorité chiite. 

 

C’est, pour les Sunnites, une défaite qui ne sera pas sans conséquences. Se sentant exclus (même si le vote présentât toutes les garanties d’un scrutin démocratique) ils déclareront une guerre totale contre les Chiites, par l’intermédiaire de Zarqaoui. Ce dernier quittera AI-Qaida pour former avec d’autres groupes djihadistes l’État Islamique en Irak. À sa mort en 2006, lors d’un raid de l’aviation américaine, il aura semé les ferments de la révolte sunnite.

En 2008, dans un souci de réconciliation, le parlement irakien adopte une loi de réhabilitation permettant la réintégration des anciens membres du parti Baas de Saddam Hussein, et leur retour dans la vie publique : donc d’anciens militaires sunnites.

Ceci ne sera pas sans conséquences, parce que le moment venu ils formeront l’épine dorsale de Daesh. Tout le monde a vu les images de la prise de Mossoul, en juin 2014, par les colonnes de l’État Islamique en Irak.

Point d’orgue pour Daesh en mai 2015, accompagnés en sous-mains par les états sunnites du Golfe, Arabie Saoudite en tête, l’armée islamique s’approche de Bagdad. Ils seront repoussés par la partie de l’armée irakienne restée fidèle au pouvoir, aidée des milices chiites irakiennes, du Hezbollah libanais et encadrés par la force Al-Quds des Pasdarans.

A partir des exactions et attentats commis par Daesh, la coalition occidentale aidera le gouvernement irakien à majorité chiite, -donc, par ricochet, l’Iran-, à détruire l’État Islamique. (Officiellement annoncé, en décembre 2017, par le 1er ministre irakien Haider Al-Abadi (parti islamique chiite DAWA comme son prédécesseur Al-Maliki).

En Irak encore, l’Iran a su profiter des faiblesses adverses, jouant l’autonomie avec les Kurdes, se servant de la force de frappe aérienne occidentale pour anéantir Daesh (donc les Sunnites), utilisant ses intermédiaires chiites, Hezbollah et milices irakiennes. Le tout avec un investissement à minima avec la force Al-Quds liée aux Pasdarans.

Aujourd’hui, le premier partenaire économique de l’Irak est l’Iran. 

 

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 sources : Le Monde diplomatique – CNRS Bernard Hourcade

 

 Liban, Irak, reste la Syrie !

Le conflit syrien, déclenché dans ce que l’on pourrait appeler la queue de la comète du printemps arabe, est un conflit multicouche, qui démarre en juillet 2011….

La seconde partie de cette réflexion vous sera proposée lors de la prochaine parution du site MoDem 56 (actualisation du 26 mars 2018).

Jean-Yves TRÉGUER

Délégué Départemental du MoDem

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