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Édito du 18 juin 2017

PROPORTIONNELLE…

OU PAS ?

Dans le tumulte médiatique actuel, rares sont les réflexions de fond sur ce qui peut véritablement engager le renouveau démocratique et enrayer la courbe inquiétante de l’abstention. MoDem 56 reproduit l’analyse pertinente de Michel Urvoy*, qui pourrait inspirer le prochain débat :

« Quand un parti gagne de justesse, on nous explique qu’il ne faut surtout pas changer de mode de scrutin. Sinon, on risque de ne pas avoir de majorité pour gouverner. Quand un parti gagne largement, ce qui pourrait être le cas de LREM, on nous dit qu’il est urgent d’introduire la proportionnelle. Sinon, c’est la dictature du parti unique !

Le débat sur le mode de scrutin, que promet le Premier ministre, mérite d’être rouvert. A une condition : que ce ne soit pas une manière de changer le thermomètre pour faire oublier le mal de l’abstention, qui a gagné trente points en trente ans.

La proportionnelle peut améliorer les choses. Mais elle n’est qu’un moyen parmi d’autres de rétablir le lien de confiance. Si les élus ne sont pas exemplaires, s’ils trahissent leurs promesses, proportionnelle ou pas, le rejet sera le même.

La seconde réserve tient au fait que la proportionnelle ne se décrète pas d’un claquement de doigts.

D’abord, elle oblige à revoir le découpage électoral. A supposer que l’on veuille réduire le nombre de députés, il faudrait diviser le pays, par exemple en 400 circonscriptions (au lieu de 577). Pas si simple : si on le fait sur un critère géographique, on sous-représente les zones urbaines. Si on le fait sur un critère démographique, on réduit la Creuse, la Corrèze ou la Corse à un député. Bonjour le pluralisme !

Mais admettons qu’on y parvienne et qu’on y ajoute 15% de proportionnelle, soit 60 députés. Faisons le calcul : il y en aurait un tiers pour LREM, soit 20 en plus ; une quinzaine pour LR, les 25 autres se partageant entre le FN, Les Insoumis, l’UDI, le MoDem, EELV… Des miettes.

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L’Assemblée telle qu’elle serait ressortie du vote de dimanche (11 juin) à la proportionnelle. Infographie Ouest-France

Alors, on peut passer directement à la proportionnelle intégrale. Avec deux conséquences possibles : soit il n’y a plus de majorité pour appliquer le projet arrivé en tête. Ce serait la VIè République : l’instabilité gouvernementale vécue au jour le jour. Soit on prend le risque d’offrir un jour une majorité, relative ou absolue, à des formations jugées indésirables, le Front national ou Les Insoumis. C’est ce qui fut reproché à François Mitterrand qui fit entrer 35 FN à l’Assemblée, en 1986.

Instaurer un seuil, par exemple de 5%, pour éviter que les plus petites formations ne rendent l’Assemblée ingouvernable et ne deviennent les arbitres des débats parlementaires ? Pourquoi pas, mais dans ce cas le MoDem de François Bayrou (4,11%), les écologistes (4,30%), l’UDI (3%)… en seraient exclus. Un comble pour des avocats de la proportionnelle !

Le débat mérite d’être rouvert, mais il est beaucoup plus subtil qu’on ne le croit. On ne change pas un mode de scrutin en fonction des circonstances. Et on ne fait pas de la politique avec des «y’a qu’à» et des «faut qu’on» !

Michel Urvoy

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édito 3 * avec l’aimable autorisation de Michel Urvoy, Secrétaire général de la rédaction, directeur des services parisiens, éditorialiste politique à Ouest-France Paris, (depuis septembre 2007).

http://politique.blogs.ouestfrance.fr/apps/m/archive/2017/06/13/ proportionnelle-si-c-etait-si-simple-18219.html

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