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Édito du 20 mars 2017

PRÉSIDENTIELLE :

LA RELÈVE…

L’idée que les jeunes n’auraient que peu d’intérêt pour la politique, est très répandue. Si l’on constate chez eux une crise du crédit accordé aux instances représentatives et à la classe politique, les jeunes ne se distinguent pas du reste de la population.

Les jeunes ne se désintéressent pas de la politique, ils s’y intéressent autrement. La jeunesse d’aujourd’hui ne vit plus les mêmes expériences que les générations précédentes : la société, les repères idéologiques, les nouvelles technologies, les réseaux sociaux, les grandes problématiques sont passés par là.

Ceci entraîne un rapport à la politique qui n’est plus le même, il s’exprime autour d’attentes nouvelles, dans la recherche de nouvelles formes d’action, qui procèdent néanmoins d’un attachement profond aux valeurs républicaines et démocratiques.

Le journal «LA CROIX» a réalisé un reportage paru le 14/3/2017, battant en brèche les idées reçues des adultes sur l’intérêt porté par les jeunes à la politique… Nous en reprenons ci-dessous de larges extraits , qui illustrent l’étonnante maturité et le savoir-faire éclairé en matière de communication des élèves d’une classe de 1ère (Lycée International Nelson Mandela de Nantes).

LA CAMPAGNE ÉLECTORALE VUE DE L’ÉCOLE : Ils n’ont pas l’âge de voter mais se passionnent pour la politique.

édito 2«Ce projet est né d’une demande d’explicitation de l’actualité de la part des élèves, après les attentats contre Charlie Hebdo», raconte Anne Pedron-Moinard, agrégée d’histoire et passionnée de sciences politiques.

«Comme le programme d’éducation morale et civique (EMC) portait sur la citoyenneté et les enjeux de la société d’information, je leur ai proposé de créer un journal de campagne». L’initiative a immédiatement séduit les élèves. Le succès du JournAlternatif a surpris l’enseignante elle-même. «Je ne pensais pas que cette initiative prendrait une telle ampleur chez les élèves, Ils ont investi ce projet bien au-delà de mes espérances».

Conférence de rédaction : Les élèves rapprochent les chaises et endossent des habits de journalistes en herbe pour déterminer les prochains sujets de leur journal en ligne https://presidentielles17.jimdo.com/, aiguillonnés par les conseils de leur professeur : «il faut encore améliorer la mise en forme et diversifier les sources. Vous allez beaucoup sur Internet et n’interrogez pas de spécialiste. C’est pourtant facile d’en contacter via Twitter». L’enseignante évoque également la stratégie de communication du site et propose la création d’un compte Snapchat pour toucher davantage d’élèves au lycée.

édito 3Ce qui a eu pour effet de provoquer nombre de réactions. Léa : «J’ai peur qu’il y ait beaucoup de buzz et qu’on ne puisse plus faire un travail de long terme comme on l’a toujours fait». Enzo, grosses lunettes et chemise à fleurs, ne partage pas son opinion : «Peut-être qu’il y aura plus de scandales, mais on peut aussi y réfléchir et mettre en avant ce que ça dit du système, comme pour le Penelopegate».

Léa renchérit : «On peut faire le tri et privilégier les sujets qui correspondent à notre journal».

Après une heure de débat, la rédactrice en chef a retenu sept sujets :

Cette campagne est-elle extraordinaire ?

Les médias influencent-ils l’élection ?

La campagne vue par les communes et les maires de France

Le nucléaire et la science dans les programmes

La campagne vue de l’étranger

La politique dans les séries télé

édito 4Les lycéens migrent alors vers une salle équipée d’ordinateurs où ils s’organisent comme une vraie rédaction Web : le «desk» s’occupe de la mise en page des articles et du graphisme du site Internet, le «community manager» gère le fil Twitter et la création du compte Snapchat. Quant aux autres, ils travaillent en équipe sur leurs articles ou leurs multimédias.

Des idées reçues sur les jeunes : Contrairement à l’idée reçue, l es jeunes s’intéres- sent à la politique et à l’information, assure l’enseignante : «Avant ce travail certains étaient déjà «politisés» et avaient des pratiques informationnelles assez élaborées». Une réalité confirmée par Enzo qui s ’agace d’ailleurs des clichés sur sa génération. «Il ne faut pas tomber dans la stigmatisation des jeunes. C’est ancré dans l’incons- cient collectif qu’on ne s’intéresse pas à la politique et à l’actualité, mais c’est faux.

Si, avant ce projet, les lycéens étaient capables de faire le tri entre l’actualité sérieuse et le reste, ils avaient néanmoins «du mal à savoir comment vérifier la fiabilité d’une information». Le premier objectif de ce travail était donc «de développer leur esprit critique et de les amener au plus près de la source. Aujourd’hui ils savent que toute information doit être validée pour être considérée comme fiable, qu’elle provienne du journal Le Monde ou du site Buzzfeed».

Plus aguerris face aux médias, ces jeunes ont aussi appris à débattre de manière argumentée. Mais «ce projet a surtout fait émerger chez eux un intérêt pour la chose publique au sens de la vie de la cité. C’était tout l’enjeu de la démarche : leur expliquer que la politique n’est pas un monde loin d’eux, mais qu’elle a, au contraire, des conséquences quotidiennes sur leur vie». La professeure aimerait que l’école française s’inspire des méthodes d’Outre-Rhin où les élèves reçoivent une formation politique.

«En France, on parle des valeurs de la République dans les cours d’éducation civique, mais cet enseignement n’est pas assez ancré dans la réalité des élèves. Pour que ces valeurs aient du sens à leurs yeux, il faut partir de leurs représentations et les écouter».

édito 5Le succès du JournAlternatif tient précisément à cette place donnée aux élèves, vrais «acteurs du projet», comme le souligne Suzy, jeune fille au look rétro dans son « combishort » L’enseignante n’est qu’une «référente» qui nourrit les échanges en apportant «ses connaissances». Des échanges de plus en plus riches à mesure que ces jeunes acquièrent une «conscience politique».

Même si le débat finit aussi par alimenter une certaine frustration chez eux. «Plus le temps passe et plus je regrette de ne pas pouvoir voter, admet Marc-Aurel. Mais je ne suis pas pour autant favorable au vote à 16 ans. À cet âge, beaucoup n’ont pas encore la maturité nécessaire».

Assurément, la relève est là. Sachons, nous autres adultes, avec bienveillance et intérêt, prendre en considération ce qu’ils pensent : ils sont le monde de demain, et c’est leur monde qui est à construire !

Jean-Yves TRÉGUER

Président du MoDem 56

d’après un article du quotidien «La Croix»

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