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ÉDITO DU 5 FÉVRIER 2017

RÉSOLUTION FRANÇAISE :

«l’indispensable volonté sociale»

 

Digest des pages que François Bayrou consacre à sa vision de l’unité sociale, fondée sur la recherche d’une société d’inclusion.

Société d’inclusion, contre société d’exclusion. Recherche d’unité contre acceptation d’inégalité. Régulièrement, notamment à droite ces dernières années, on entend condamner l’ «égalitarisme» comme un mal, comme l’idéologie à abattre.

édito 2L’évolution du monde va dans le même sens : c’est l’acceptation, tacite ou explicite, des projets de société fondés sur la croissance continue des inégalités, comme une fatalité, ou comme la conséquence inévitable du dynamisme économique. Parfois même, la condition souhaitable de ce dynamisme. Ce projet des «inégalités croissantes» semble s’être imposé comme la loi naturelle des temps nouveaux.

On comprend le présupposé qui sous-rend ces choix ; Il suffit d’imaginer que la société est un train, tiré par les «locomotives», que la vitesse du train dépend de la puissance des locomotives et que, par voie de conséquence, tout ce qui permet l’accélération des locomotives est bon pour le train : argent, privilèges, récompenses, décorations. Ainsi l’idée émise depuis dix ans que la «réussite», c’est la réussite matérielle, que la Rolex est la marque décisive d’une vie réussie, ou qu’on  a besoin de milliardaires», qu’il est bon que «les jeunes veuillent devenir milliardaires», tout cela participe de cette idéologie souterraine. Dès lors, la valeur d’égalité des droits, des chances, est ressentie comme un frein pour les supposées «locomotives» et donc réputées nuisible pour le convois social dans son ensemble.

Ce que nous vivons, c’est la défaite de la communauté face à l’individualisme. On aurait dit autrefois de l’individualisme bourgeois.

… Nous voyons qu’un peuple est plus fort si la question qui se pose à lui est celle de sa marche en avant, sa marche commune, sa marche de peuple dans toutes ses composantes, sa marche en avant de peuple uni. Nous croyons qu’un peuple est plus fort s’il regarde les défis qui se présentent à lui comme des défis communs…, et pas des défis pour une partie des siens, singulièrement pas pour la partie la plus favorisée des siens.

Nous croyons qu’un peuple est affaibli, durablement et intensément lorsqu’il est conduit à se fracturer, économiquement, socialement, culturellement.

C’est pourquoi cette question, exclusion vs inclusion, le combat pour faire entrer le plus grand nombre possible d’individus et de familles au sein d’une société solidaire, est bien la question centrale de notre avenir. Le projet d’inclusion sociale, civile, culturelle, est précisément le projet fondateur de notre pays. On sait que c’est un objectif, que cet objectif ne s’atteint pas facilement. On connaît toutes les difficultés, tous les obstacles, toutes les entraves. On n’est pas naïf, on est même réaliste. Mais au moins on ne cède pas sur le but à atteindre.

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Nous serions des citoyens de courte vue si nous estimions que cette affaire n’est qu’une affaire française… C’est un combat partout dans le monde. Parfois ce combat prend des formes baroques, qu’on a peine à identifier : le Brexit l’élection de D Trump, l’échec du référendum de Mattéo Renzi en Italie, et sa démission consécutive non résolue relèvent peu ou prou d’une immense et amère dissidence face à la société d’inégalités galopantes. Un rejet du monde des puissants et de la connivence qui les unit.

 

Le Brexit, c’est une révolte contre les conditions de vie ressenties comme imposées par une «élite» privilégiée, économique, sociale et culturelle, volontiers mondialisée, qui paraît faire litière des valeurs de fondation qui faisaient, pour une partie du peuple britannique, le monde compréhensible et maîtrisable.

L’élection de Trump, c’est la révolte et le rejet rageurs contre le monde de Mme Clinton, le monde universel, la jet-set, et l’intimité avec Wall-street. Et que le bénéficiaire de cette révolte soit le plus milliardaire des deux, est un paradoxe et une tromperie sans doute, mais les dérapages mêmes de Trump lui ont servi de viatique et d’attestation, de suffisant certificat de vulgarité, pour garantir qu’il n’appartenait pas à la «la caste».

Et l’échec de Renzi, c’est la révolte du Mezzo-giorno d’immémoriale exclusion, contre le Nord prospère et familier des pouvoirs… Les exclus de toute l’Italie ont voté «non» en attendant de poursuivre le chemin le plus improbable, et le plus chaotique, autour d’un Beppe Grillo. Ce n’est pas la première fois… dans l’histoire : nous devrions nous souvenir que la dernière fois, dans les années 1930, c’est le pire du pire qui en est issu.

La société d’inclusion, l’égalité républicaine des droits et des chances, c’était le projet com- mun des Français dans le demi-siècle de l’après-guerre. Pour moi c’est un projet de brûlante actualité. Pour 2 raisons, dont «chacune des deux est suffisante seule», ainsi que l’affirmait Cyrano.

La première est que la société d’exclusion, des inégalités croissantes, est génératrice d’angoisse pour la partie la plus large de la société. Les parents pensent – ou savent – que leurs enfants n’iront plus loin qu’ils ne sont allés eux-mêmes et même qu’il existe un grand nombre d’hypothèses pour que leur situation relative régresse par rapport à celle de leurs parents. Or il n’y a croissance que s’il y a confiance en soi, dans sa famille et dans le pays, sa justice et sa justesse. Sinon l’activité du pays se réduit dans ses 2 composantes : les investisseurs n’investissent plus sous les anticipations négatives, et les consommateurs ne consomment plus, ou moins, puisqu’ils craignent l’avenir et qu’il leur faut d’urgence épargner.

Et la deuxième raison qui paraîtra sentimentale est que ceux à qui les chances que nous avons connues, ne sont plus offertes, ce sont les nôtres. Ce sont les miens : ouvriers, paysans, chômeurs, fonctionnaires de base, ceux qui ne sont pas nés du bon côté de la barrière, pas avec la bonne cuillère dans leurs bouche de nourris- nourrissons. Tous ceux qui ont cru pendant longtemps à ce mythe, qui était dans bien des cas une réalité, que l’on pouvait progresser à la force du poignet, par l’école, par les examens et les concours…Ou si l’on était élève distrait, si l’on regardait ailleurs pendant les cours, qu’il y avait toujours un maître, qui remarquerait l’esprit original à défaut d’être assidu.

Autrement dit que le système social était ouvert  Je refuse d’abandonner cet idéal.… Je veux le monde juste pour ceux qui ne savent bien ce qu’est le monde et dans quelles universités (de préférence américaines), il est préférable de négocier son MBA.

fédé 2Je refuse de considérer que notre société est faite de méritants d’un côté, et d’assistés, de l’autre. Je refuse qu’on considère que c’est un grand privilège que de pouvoir cumuler un RSA et une allocation logement. Et que donc, tous ceux-là, sont à poursuivre, et qu’il faut lancer des armées d’enquêteurs pour vérifier leur compte en banque, si par hasard ils ne sont pas interdits bancaires. Et que parallèlement, au même moment, il est urgent de supprimer l’ISF ; Je pense qu’on a le droit d’envisager de supprimer l’ISF, même si des adaptations seraient plus convenables et aussi utiles.

Je refuse qu’on mette sur le même plan la mise en accusation urgente des chômeurs et des allocataires de minima sociaux et la défense urgente de ceux qui ont la chance, par leur carrière, ou plus encore par la naissance, d’être à la tête d’un important patrimoine. Je veux bien qu’on pose des questions. Mais je refuse les réponses indécentes.

Je pense que le grand combat des décennies qui viennent, c’est le combat des tenants de l’inclusion contre ceux qui acceptent, ou justifient, ou sont indifférents à l’exclusion.

François Bayrou

(extraits des pages 163/168 de RÉSOLUTION FRANÇAISE).

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