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bayrou france
 

Édito du 13 mars 2016.

Que l’Europe redevienne ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, la lumière du monde ! 

Je veux dire au monde qui nous regarde, nous, l’Europe, nous l’aimons !

Parce que nous aimons la France et nous aimons l’Europe du même amour que nous aimons la France. Si l’Europe est faible, vide, alors l’avenir de la France sera affaibli.

Si la France ne peut se faire entendre, alors c’est l’Europe qui perd la grande voix qui lui permettait de penser son avenir. L’Europe n’aurait pas existé sans les hommes d’État français et la France n’a pas d’avenir si l’Europe s’efface de la scène du monde.


La vraie fidélité, à l’égard des pères de l’Europe français et allemands n’est pas dans les hommages, elle est dans la refondation, dans l’action et dans la pensée, dans les manches que l’on retrousse pour reprendre le chantier.

À tous ceux qui disent : est-ce que, au fond, en étant européen, vous n’acceptez pas que la France s’efface ? Je dis que c’est exactement le contraire. Sans Europe vivante, forte et en bonne santé, la France serait vouée à l’affaiblissement et au déclin.

L‘Europe ne se fera pas et ne fera pas l’avenir de la France à la place des Français.

Nous savons en même temps que, aussi soudé que soit notre peuple, il ne peut pas, face au vaste monde, se faire entendre seul. Les pays européens qui joueraient de nouveau avec l’idée du chacun pour soi se condamneraient à l’insignifiance.

Imaginez ce que nous pourrions faire si nous, nation d’Europe, nous acceptons de vouloir travailler ensemble, de fixer ensemble nos orientations, de coordonner nos efforts, nous Français, par exemple, avec nos alliés et voisins britanniques, deux très grandes traditions diplomatiques -deux sièges au Conseil de sécurité sur cinq- et nos voisins fraternels allemands, espagnols et italiens et je pourrais ainsi poursuivre cette énumération… Représentez-vous quelle part du monde ces traditions culturelles, diplomatiques couvrent tout le continent américain, le Canada francophone et anglophone, les États-Unis, l’Amérique latine, l’Afrique, l’Afrique du Nord et l’Afrique Sub-saharienne, nos liens avec le sud-est asiatique, nos liens privilégiés avec le Moyen Orient, notre présence à nous, Français, par nos territoires d’outre-mer sur les trois océans de la planète, si toutes ces traditions, toute cette force, toute cette expérience, ces siècles de contact avec des peuples si intimement mêlés à notre histoire, si tout cela était mutualisé, si ces nations acceptaient de partager tout cela et de bâtir ensemble une influence commune sur ce monde qui leur échappe, là, enfin, pour de vrai, comme disent les enfants, nous aurions une vraie politique étrangère européenne.

Quand il s’agit de paix et de guerre, de la protection des populations civiles victimes, je pense à la Syrie, des assassins qui veulent les soumettre, il est des domaines où nous ne pèserons que si nous sommes ensemble.

Tout cela, nous ne pourrons le faire qu’ensemble d’autant plus que, et nous sommes entrés il y a plus de dix ans maintenant dans un autre univers : nous avons accepté de nous unifier pour porter une monnaie commune, l’Europe de l’euro. Non pas qu’il y ait d’un côté ceux que l’on porte au premier plan et les autres au deuxième plan, mais les 17 pays qui forment l’Europe de l’Euro ont un devoir, à partir du moment où ils ont accepté cette monnaie en commun.

EDITO 2L’Europe de l’euro doit être reconnue par nature comme une zone de solidarité et si elle cessait d’être cette zone de solidarité, elle exploserait.

Les nations de l’euro doivent savoir que la décision intérieure des unes concernent aussi les autres, qu’il n’est pas de chemin solitaire face aux grandes décisions économiques et financières. Il est de notre devoir à tous de comprendre que la maladie ou la fragilité de l’un d’entre eux serait aussi la maladie ou la fragilité des autres. Ces nations forment un ensemble homogène dans lequel les deux tiers au moins des échanges se fait entre nous, que les erreurs des uns se paient par les autres, que le dynamisme des uns peut entraîner les autres. Il nous faut donc une politique unifiée, en tout cas concertée, fondée sur une notion qui n’existe pas depuis des années : la transparence de la situation de chaque pays.

Nous devons réfléchir à ce qui est arrivé. Le drame de la Grèce, les difficultés rencontrées par le Portugal, l’Espagne et l’Italie, par l’Irlande, par la France, car il serait imprudent de séparer notre pays de ceux-là, ont été provoqués par le mensonge d’État de gouvernants sur les décisions qu’ils prenaient et sur la réalité de leur situation nationale.

La première nécessité de ceux qui forment ensemble, la zone euro, les 17 pays qui ont l’euro en partage, l’euro entre les mains, c’est la transparence et dans le même temps, les parlements nationaux doivent se saisir de ce qui se passe dans la zone euro. une délégation permanente des parlements nationaux doit aller sans cesse rencontrer les responsables, étudier les décisions qui se préparent pour que cette solidarité et cette transparence, sans laquelle il n’y a pas de famille européenne, devienne une réalité à laquelle députés et sénateurs prendront leur part de responsabilité.

Nous avons besoin d’une politique énergétique européenne de lutte contre le rejet de gaz à effet de serre, même si, chaque état garde la maîtrise de ses choix.

Mais je veux vous dire que nous avons besoin aussi de politique industrielle.
C‘est une décision ou une absence de décision stratégique qui a fait que l’Europe a complètement abandonné à l’Asie du Sud-est les écrans plats qui, pourtant, se retrouvent chacun d’entre eux sur vos iPhones, vos iPads, vos tablettes de toute nature, sur les écrans de télévision et sur les ordinateurs. Il faut d’autres politiques de recherche dans de grands programmes définis ensemble, bio et nano technologies, programmes d’énergies renouvelables, de l’astrophysique fondamentale, dans le domaine des matériaux, des sources d’énergie nouvelle.
Mais l’institution de la transparence financière, la gouvernance économique européenne, la décision et la volonté de porter des politiques nouvelles dans le domaine économique pour nos emplois, pour les emplois de nos enfants, pour la prospérité de l’Europe, exige quelque chose qui n’existe pas encore, de vrais gouvernants européens légitimes et décidés qui imposent aux administrations puissantes des règles qui les libèrent un peu de leur routine.

Donc je suis pour défendre l’Europe de la légitimité démocratique. Elle commence quand les dirigeants sont connus des citoyens, démocratiquement désignés et responsables personnellement devant les peuples ou les délégués de ces peuples.

Comment légitimer l’Europe quand aucun des dirigeants qu’on lui a désignés aux termes de tractations mystérieuses entre gouvernements n’est identifié par les citoyens, quand personne ne sait sur quel projet ils ont été choisis, n’a la moindre perspective sur les politiques qu’ils défendent ou préparent ?

2DITO 2Ils ont organisé un labyrinthe de responsabilités avec une multiplication de présidences, des commissariats divers et variés, dans lesquels pas un citoyen européen, même formé, ne peut retrouver son chemin. Je considère donc qu’il y a une faute et cette faute, compliquée du fait que pour garder le premier rôle, les dirigeants nationaux ont choisi les dirigeants européens sur un seul critère : qu’ils ne leur fassent pas d’ombre.

Il faut qu’il y ait un président de l’Union élu, connu des citoyens, choisi sur un programme, une autorité qui incarne, face aux intérêts nationaux, l’intérêt supérieur de l’Union, en même temps président du Conseil et président de la Commission, référence unique de toutes les autorités légitimes de l’ensemble européen.

Il faut qu’il soit élu de manière transparente au suffrage universel le même jour et en même temps que le Parlement européen. J’ajoute qu’au passage cela obligerait les dirigeants européens à être polyglottes, ce qui serait un grand avantage.

Dernier point : la méthode de construction de l’Europe. On a besoin d’une relation franco-allemande intime et de confiance, où la vision des deux pays est exprimée clairement , et que cette vision commune ne se présente jamais comme dominatrice.

Et je veux ajouter qu’il est important de renforcer aux yeux des gouvernements nationaux et aux yeux des citoyens européens eux-mêmes l’importance, la légitimité des débats du Parlement européen dont personne ne parle et dont nous avons besoin pour exprimer et former la volonté commune des peuples européens.

Si les lecteurs et auditeurs savent à l’avance ce que le Parlement européen va débattre, ce qu’il va voter, leur pression fera que les médias, enfin, s’intéresseront à ce qui se passe dans l’hémicycle de Strasbourg et dans les commissions à Bruxelles.

Nous aimons l’Europe, mais nous n’aimons pas ce qu’elle est devenue et là où elle s’est égarée dans ces labyrinthes avec des dirigeants faibles et anonymes et qui ont été choisis pour cela. Nous l’aimons l’Europe pour ce qu’elle deviendra ou redeviendra, ce qu’elle doit devenir pour être à la hauteur de sa mission historique.


Il est temps que nous bâtissions une politique commune de la défense en Europe. Cela nous permettra d’avoir accès à des réflexions stratégiques et à des équipements.


Derrière ce projet européen, il y a un modèle de société, de laisser derrière nous la société de l’éphémère, de la consommation à tout prix et au moindre prix, la société du low-cost.

On a besoin d’une société du durable et d’une société des valeurs, d’une société pour la jeunesse. Il est enfin une chose que nous ne pourrons faire qu’ensemble, c’est préparer l’action efficace d’aide au développement des pays les plus pauvres de la planète qu’il est impossible d’assumer dans un état solitaire. Ceci doit être une grande tâche européenne qui doit être placée au premier plan des préoccupations.

Le temps de la refondation de l’Europe est venu. La première fois que j’ai entendu Pierre Pflimlin parler en public, lorsqu’il a cessé de parler, toute la tribune pleurait. Il a fini son propos par cette formule «et que l’Europe redevienne ce qu’elle n’aurait jamais dû cessé d’être, la lumière du monde ! ».

François Bayrou

larges extraits d’un discours de mars 2012, TOUJOURS D’ACTUALITÉ.








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