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génocide une
 

Édito du 3 mai 2015.

Les génocides !

En décembre 1948, simultanément à la charte universelle des droits de l’homme, l’ONU adoptait la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. La notion de crime de génocide y est défini dans son article 2 : « Le génocide s’entend de l’un quelconque des actes  ci-après, commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique racial ou religieux, comme tel :meurtres de membres du groupe, atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe, soumission intentionnelle des membres du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle, mesures vivant à entraver les naissances au sein du groupe, transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe. » Les tribunaux chargés de juger ces crimes peuvent être nationaux ou internationaux, à savoir la cour pénale internationale de La Haye, en fonction depuis juillet 2002. Elle a été créée par le statut de Rome signé le 17 juillet 1998. La chambre des représentants américaine a adopté en mars 2015 une résolution qui appelle à une « pleine reconnaissance des faits et des conséquences continues du génocide arménien par la Turquie ».

Les commémorations du centenaire du génocide arménien en 1915 fait revivre ces crimes atroces qui, au travers des siècles, et notamment au XXème siècle, ont causé la mort de millions d’innocents. Le 24 avril 1915, 600 notables arméniens sont assassinés à Constantinople sur ordre du gouvernement turc. Ce sera le début du massacre des deux tiers des arméniens de l’empire Ottoman, soit près  de 1,5 millions de personnes. Des milliers d’arméniens moururent notamment au cours de longues marches forcées.

François Hollande s’est rendu à Erevan pour célébrer le centenaire de ce génocide. Il a insisté pour que la Turquie reconnaisse officiellement le terme de génocide pour ce massacre de masse.édito 2 Il a aussi dénoncé « l’entreprise méthodique et systématique d’éradication à l’œuvre au Proche et au Moyen Orient ». 

Au même moment, à Paris, Manuel Valls dénonçait l’éradication en cours des chrétiens d’Orient : « La France est toujours du côté des victimes, et les victimes aujourd’hui, ce sont aussi les chrétiens d’orient. Là encore, nous devons nommer les choses, établir la vérité : les chrétiens d’orient –c’est le cas aussi d’autres minorités- sont en train d’être éradiquées de cette région à travers ce terrorisme effrayant…leur sort a été évoqué au Conseil de sécurité de l’ONU pour la première fois il y a quelques semaines, à l’initiative de la France. Nous devons mettre un terme à l’entreprise d’extermination conduite par Daesh. ». Dans un article du « Foreign Policy » de Washington, publié dans « Courrier International », on peut lire : « Un rapport publié le 19 mars par le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme commente en ces termes les actes commis par l’Etat islamique (EI ou Daesh)contre les yézidis d’Irak : « Il y a tout lieu de conclure que certaines de ces exactions pourraient constituer un génocide. D’autres pourraient constituer des crimes contre l’humanité et/ou des crimes de guerre. » 

Dans son éditorial du « Point », Franz-olivier Giesbert est tranchant : « Que le génocide ait fait près de 1,5 million de morts dans la communauté arménienne, le gouvernement turc interdit d’en parler, c’est péché. Cent ans après les faits, il y a quelque chose d’absurde dans son négationnisme, au point que l’on est en droit de se demander s’il ne relève pas de la psychiatrie lourde… Détruire pour construire, tel était l’objectif de Jeunes Turcs au pouvoir, qui entendaient « purifier » et  « régénérer la nation qu’ils érigeaient sur les décombres dudit Empire ottoman. Le ministre de l’intérieur de l’époque, l’ignoble Mehmet Talaatpacha, a un jour mangé le morceau avec un cynisme inouï : « On nous a reproché de n’avoir fait aucune distinction entre les Arméniens innocents et les coupables, mais c’était tout à fait impossible, étant donné que ceux qui étaient innocents aujourd’hui auraient pu devenir coupables demain ! » 

Le Pape François, au cours d’une messe en rite arménien et devant le président arménien et le patriarche arménien, a été clair et direct : « Au siècle dernier, notre famille humaine a traversé troisacross tragédies massives et sans précédent. La première, qui est largement considérée comme le premier génocide du XXème siècle, a frappé votre peuple arménien. Les deux autres ont été ceux perpétrés par le nazisme et le stalinisme. Et plus récemment, d’autres exterminations de masse, comme celles au Cambodge, au Rwanda, au Burundi, en Bosnie. » 

Sur ces sujets, il n’est rien de pire que la négation, l’oubli ou la banalisation. Les déclarations répétées de Jean-Marie Le Pen sur la négation de la Shoah ou la volonté négationniste des gouvernements successifs turcs doivent être sévèrement condamnées. Dans « Le Monde », l’historien  Edhem Eldem, l’un des artisans de la première conférence sur le génocide  des Arméniens organisée sur le sol turc parle du négationnisme turc en ces termes : « Le négationnisme est renforcé par près d’un siècle d’endoctrinement. Au moins trois générations ont grandi dans une sorte de vase clos, nourries d’un discours combinant déni et victimisation. Ce « gel » de l’Histoire rend la confrontation d’autant plus pénible aujourd’hui dans un pays où le nationalisme fait partie de la culture de masse… L’exploitation et la manipulation de l’histoire à des fins politiques sont à la base de l’idéologie et de la politique turques depuis environ un siècle. » Le temps ne doit pas faire oublier les génocides et les jeunes générations doivent en connaître l’existence.

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En cette année de commémorations nombreuses, mais aussi de nouvelles barbaries à l’œuvre dans le monde, nous n’avons pas le droit ni la lâcheté de dire que l’on ne savait pas. Au niveau de la Turquie, il faut aider à l’évolution de l’opinion publique pour reconnaître le génocide arménien. La pression sur le pouvoir ne peut toutefois  pas être trop forte car nous avons tous besoin de la Turquie dans la lutte contre Daesh. Comme le dit Daniel Cohn-Bendit : « La géopolitique est actuellement très défavorable aux droits de l’homme » 

Jacques JEANTEUR
Militant Modem des Ardennes

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