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une édito
 

Edito du 1er octobre 2014.

 L’École de la République, telle qu’on l’assassine !!

Début juillet est traditionnellement le moment des résultats du bac. Cette année, comme l’année dernière, a été exceptionnellement bonne : dans la plupart des filières et la plupart des académies, les résultats oscillaient entre 95 et 100% de reçus, avec de nombreux établissements à 100% et des moyennes de 21 ou 22 sur 20, des «Mentions très bien» à la pelle. Et on espère, naturellement, faire encore mieux l’année prochaine : normal !   Tant que les pourcentages de reçus n’atteindront pas 105 à 106%, on ne pourra pas être certain que la grande entreprise de démolition de notre enseignement sera arrivée à son terme.

Tout le monde est content, oubliant au passage que pour garantir de bons résultats, les recteurs de certaines académies avaient donné consignes de «noter large». Ce fameux baccalauréat n’est plus qu’un malheureux certificat attestant que son titulaire a passé une partie de son temps dans chacune des classes du système scolaire, sans garantie de ses connaissances réelles ni sur son aptitude à poursuivre des études supérieures. 

Et comme il s’agit d’un fusil à deux coups, tout ce petit monde est parti s’inscrire dans les filières de l’enseignement supérieur. Et là, les journalistes nous informent sans rire que, l’inscription en fac d’éducation physique a eu recours au tirage au sort !!! Ainsi, pour être professeur d’éducation physique, il n’est plus nécessaire d’avoir de réelles aptitudes pédagogiques, il suffit d’avoir de la chance ! 

Et, toujours sans rire, ils expliquent, interviews des responsables à l’appui, que c’est la seule façon, dans une filière où la demande est énorme de respecter la «loi interdisant la sélection». Cette revendication des provocateurs de 1968, j’étais loin de penser qu’il se trouverait un jour des députés suffisamment stupides pour la prendre au premier degré et en faire loi.

Dans notre pays, avec plus de 3,5 millions de chômeurs, nous avons près d’un demi-million de postes vacants et presque autant occupés par des étrangers que nous faisons venir parce que nous ne trouvons pas les bonnes qualifications dans notre pays, on continue à vouloir former nos jeunes non pas en fonction des besoins sur le marché du travail, mais en fonction de leurs désirs du moment, (UNEF n’a-t-elle pas exigé que tout titulaire d’un baccalauréat puisse s’inscrire en études supérieures dans n’importe quelle filière de son choix ?)

La gratuité du système scolaire français, hérité de la 3ème république lui a permis pendant des années le rôle d’ascenseur social. Les livres, étaient chers pour les familles, mais les plus modestes étaient aidées par un système des bourses. Dans le supérieur, il fallait bien payer des frais d’inscription à quelques concours ou au début de chaque année scolaire, mais les sommes étaient tellement modiques que personne n’en faisait cas. Et pourtant, nombreuses étaient les voix qui dénonçaient le caractère injuste de ce système qui n’aurait pas respecté l’égalité des chances. Depuis 1981, après incubation des «bonnes» idées de 68, la grande entreprise de démolition a été réellement accélérée, visant un «système scolaire plus juste».

La première phase de celle-ci a été, dés après 68, l’abolition des barrières entre élèves et profs, enlevant toute autorité et tout respect à ces derniers, puis est venu le collège unique, au nom duquel «l’orientation était une mauvaise chose», car il fallait «donner ses chances à chaque élève». La même logique prévalut pour les élèves ne suivant pas en classe, par manque d’intérêt ou de capacité : le redoublement étant inégalitaire et stigmatisant, on ne voulut plus en entendre parler.

Pour le Supérieur, on ne sélectionne plus par les connaissances et les aptitudes, mais par d’autres moyens, comme les frais d’inscription, à l’exemple des pays anglo-saxons. Certes, les élèves boursiers en sont exemptés, mais pas les classes moyennes, qui, sans droit aux bourses ne peuvent régler des frais de plusieurs milliers d’euros par an et par enfant. Et on parle même d’étendre le principe de frais de scolarité aux classes préparatoires, pourtant situées dans les lycées…

Les établissements d’enseignement supérieur dont la responsabilité est de mettre sur le marché des diplômés compétents, sont bien obligés de s’assurer l’assimilation des connaissances dés la fin de la première année. Et là, catastrophe : nos bacheliers, après un an d’études supérieures, se retrouvent directement sur le chemin de Pôle Emploi. Certes, certains établissements offrent des études supérieures faciles à suivre («toujours une chance !»), mais sans débouché, d’où les interviews récurrents de jeunes «Bac + 5», obligés de limiter leur ambition à décrocher un emploi d’hôtesse ou d’hôte de caisse dans une supermarché !! 

Pendant ce temps, les artisans ferment leurs entreprises à leur départ en retraite, faute de trouver des jeunes pour prendre leur suite. Dans nos usines, soudeurs, tourneurs, fraiseurs, rectifieurs (comme à la DCNS de Lorient ) viennent de Pologne, Lituanie, Estonie, Slovaquie, faute de jeunes Français formés à ces métiers. Normal : non seulement le collège unique a tué l’apprentissage, quoique s’en défendent régulièrement les ministres successifs, mais les lycées techniques et professionnels ont fermé leur filières «usinage» et autres spécialités industrielles. Un autre principe est apparu ces dernières années, prônant la délocalisation des métiers manuels «non nobles»dans les pays en voie de développement …

Mais au fait, l’école d’aujourd’hui est-elle moins inégalitaire que celle d’il y a un demi siècle ? Deux erreurs ont été commises qui expliquent ce gâchis :

La première : d’avoir mesuré le pourcentage de titulaires du baccalauréat parmi les enfants issus de familles modestes, alors que ce qu’il fallait mesurer, c’était l’épanouissement de cette population devenue adulte, le bac n’étant pas une nécessité pour parvenir au bonheur.

La deuxième, de confondre les effets et les causes : il est stupide d’abaisser le niveau de l’examen pour améliorer les statistiques, alors qu’il faut aider tous les enfants, et particulièrement ceux issus des milieux les plus modestes à réussir leur formation au mieux de leurs aspirations (motivations, identification des pôles d’intérêt, orientations ciblées, bourses adaptées, internats, etc.). 

Notre pays vit depuis quelques années une crise sans précédent. On peut espérer la surmonter, mais ce ne pourra pas être durable, tant que nous n’aurons pas réformé en profondeur notre système scolaire.

Pour cela, il faut avoir nécessairement réformé les mentalités en profondeur. Et là … !!?

Yves Le Coroller

 

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