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CLÖTURE
 

Edito du 23 septembre 2014. Discours de clôture de l’Université de Rentrée 2014.

« La vocation du grand courant démocrate est la liberté et l’indépendance, pour que triomphent l’intérêt général et le bien commun. »

http://www.dailymotion.com/video/x26dsee 

 

 

« Mes chers amis,

Je suis très heureux de vous retrouver ce matin, très heureux de succéder à la tribune à Antoine Carette, président des Jeunes Démocrates, qui a très bien parlé et très bien agi. Mon premier remerciement va aux jeunes, aux nouveaux conseillers municipaux, aux animateurs de notre mouvement dans les départements, présents à Guidel, comme à tous ceux qui nous regardent à la télévision et sur notre site, les adjoints, les maires, les conseillers généraux et régionaux, les députés, les sénateurs, les députés européens. Je veux dire ici aussi, à quel point Marielle de Sarnez a joué dans tout cela un rôle remarquable. Sans sa volonté, son énergie, son savoir-faire, à peu près inébranlable, redoutable, sans tout cela notre mouvement ne serait pas arrivé là où nous en sommes. Je voudrais lui dire, au titre du mouvement et à titre personnel, notre gratitude et notre affection. Ma gratitude va aussi à Marc Fesneau pour l’organisation et l’animation de nos journées.

Je suis très heureux de cette université de rentrée. Tout au long de ces trois jours, je me disais que je ne connais pas un mouvement en France, aujourd’hui, qui consacre ses rencontres, non pas à des manœuvres des uns contre les autres, non pas à des visions adverses et aux surenchères, aux pièges des uns contre les autres, mais au contraire à la réflexion de fond et à l’échange, franc et digne. Notre mouvement politique s’intéresse à l’essentiel, il a fait de cette authenticité son engagement, sa marque de fabrique, son ADN et je suis heureux que ces trois jours aient permis à tout le monde de le vérifier. Evidemment un mot aux intervenants, nombreux et passionnés, qui ont découvert que leur réflexion, leur expérience pouvaient mobiliser un mouvement, et pas seulement au niveau politicien. On peut avoir un mouvement civique, engagé, citoyen, et pas seulement un mouvement qui s’intéresse à ses intérêts partisans, mais qui s’intéresse à l’intérêt général et, celui-ci, nous l’avons bien servi durant ces trois jours. Je suis persuadé que vous, qui êtes venus de loin, en faisant des sacrifices, l’avez senti. Il faut que l’on sache qu’ici, tout le monde assume sa part de la charge ; nous sommes un mouvement qui n’a pas beaucoup de moyens financiers, et qui cependant réussi à organiser des événements remarquables grâce à l’engagement de vous toutes et tous car vous êtes membres mais également citoyens de notre mouvement. Merci beaucoup.

L’inventaire que nous avons fait sur beaucoup de points a démontré à quel point notre pays était atteint dans ses équilibres économiques, financiers et sociaux, politiques et moraux, et que, chaque jour l’actualité apportait une menace nouvelle contre ces équilibres, singulièrement moraux. Un pays dont je veux rappeler qu’il était, au début des années 2000, c’est-à-dire hier, très loin devant l’Allemagne, qu’il apparaissait comme le pilier de l’Europe, alors que l’Allemagne, disait-on à l’époque, ironie des changements, apparaissait comme « l’homme malade ». Et puis, il suffit de voir en 12 ou 15 ans l’évolution des choses, et je pense qu’il est important que nous nous interrogions sur la raison de cette dérive.

Il y a bien des raisons importantes, mais la raison principale c’est que dans notre pays, les dirigeants ont refusé de voir la vérité. C’est la vérité qui a manqué – le dernier livre que j’ai écrit s’appelle De la vérité en politique  – ; or, dans les temps où nous entrons, il est impossible de conduire une politique de lucidité et une politique de changements profonds, de reconstruction, si la vérité n’est pas l’article premier du contrat que l’on noue avec les citoyens. Cette vérité a été trahie, dissimulée, et le devoir de vérité a été abandonné, pas depuis 2012, pas même depuis 2007, mais depuis de très longues années. J’ai été extrêmement frappé d’une phrase que Manuel Valls a prononcée dans son discours de politique générale, sans que personne ne s’y arrête. Il a dit : « La France n’a pas créé un seul emploi industriel depuis 2001 », et je trouve que nous serions très avisés de nous demander pourquoi cette date de 2001, tournant du siècle, a marqué ainsi le coup d’arrêt brutal et d’une certaine manière la dérive et le dérapage de la France. Je pense que, dans ces années du début du XXIe siècle, il y a eu un grand nombre de décisions et plus encore un grand nombre de non-décisions qui ont porté atteinte à l’élan vital du pays. Nous l’avons dit à l’époque : la décision des 35 heures a été une très mauvaise décision, parce qu’elle a changé une idée que la société française dans ses profondeurs, dans les familles, les communautés, pour ceux du secteur privé comme du secteur public, se font du travail. Un travail désormais considéré et regardé, comme étant au fond une activité dont il convient de se libérer le plus possible pour vivre. C’est ça l’idée des 35h. C’est une idée que l’on retrouve dans les réflexions depuis longtemps. Cela correspond à une très vieille réalité psychologique. Je dois rappeler que le mot « travail », en béarnais « tribay», était en latin « tripalium », qui veut dire supplice, et même supplice du pal, et donc le travail considéré comme un supplice.

Mais je veux dire aussi qu’il y a des millions de français, des dizaines de millions de français, qui pensent que le travail n’est pas un supplice, ni une domination, ni une sujétion, mais une émancipation. C’est un débat de fond. Il y a des gens qui pensent que travailler 32h ce serait mieux que 35, et puis un jour 28. Ce sont des esprits estimables – je ne fais pas de ce sujet une querelle secondaire – mais je pense que la réhabilitation du travail comme émancipation, comme une chance de se réaliser fait partie des urgences que nous avons à porter aujourd’hui. Il y a des années que cela dérive et que cela se dégrade. Je ne crois pas qu’il soit totalement juste de dire que c’est François Hollande et le gouvernement actuel qui porte la responsabilité pleine et entière de la situation dans laquelle nous sommes, mais ils possèdent une part de responsabilité, très importante, et qui sera mise naturellement à leur débit lorsque l’on fera le bilan des 5 années qui se sont écoulées. Cette responsabilité, c’est de n’avoir pas vu, ni analysé, ni pu proposer une voie pour sortir des dérives dans lesquelles nous étions, et d’avoir entretenu au contraire l’illusion, par un contrat absurde, qu’il suffisait de changer les gouvernants pour que les choses s’arrangent. Rassurez-vous, ce scénario nous allons le retrouver devant nous.
Et je veux rappeler que cette dérive est issue de la dette que nous accumulons depuis des années. Dieu sait que j’ai mené le combat sur ce sujet, avec vous, et parfois tout seul, parfois seul contre tous, depuis 15 années, en voyant venir le mur de la dette et en proposant aux Français de se ressaisir et de sortir de cette fatalité muette, si menaçante qu’elle devenait presque une certitude d’accident. Le déficit moyen sur les 5 années de Nicolas Sarkozy est supérieur  à 5% du PIB par an.  Nous allons retrouver le niveau de 4.5%, et c’est un échec national. Et cependant vous voyez à quel point les choses étaient lancées depuis longtemps. La désindustrialisation c’est la même chose, les chiffres du commerce extérieur, la même chose…Depuis 2002, le commerce extérieur de la France décroche pour atteindre aujourd’hui environ 60 à 70 milliards de déficit chaque année, alors que l’Allemagne a 240 milliards d’excédents. Moins 70 pour nous, plus 240 pour l’Allemagne. Cette série a commencé depuis longtemps et ils n’ont pas su la mettre en pause. C’est la même chose pour le chômage, la perte de confiance dans les institutions ; c’est la même chose hélas pour l’augmentation des impôts. Le Parti socialiste a fait de l’augmentation des impôts son entrave, persuadé que c’est ainsi qu’on retrouverait l’équilibre. Il s’aperçoit que l’on en est très loin : 30 milliards d’augmentation d’impôts au moment de l’alternance et 30 milliards d’augmentation d’impôts avant l’alternance. Les chiffres sont hélas les mêmes ! La faute de François Hollande c’est d’avoir rusé avec la vérité, avant son élection, avec un programme dont il ne pouvait pas ignorer, pour l’avoir analysé lui-même et pour l’avoir combattu lui-même dans un certain nombre de chapitres au moment des primaires du PS, qu’il était mensonger. D’avoir esquivé après, parce qu’il ne pouvait pas ignorer – j’ai eu des confrontations avec lui sur ce sujet en privé et en public – que le changement de cap allait lui être imposé par la réalité. Le courage consistait à le dire assez tôt pour qu’il puisse apporter des effets. A force d’avoir rusé, en français on dirait avec un mot directement issu du latin, « procrastiné», il a plongé le pays dont il avait la charge dans la situation désespérante qui est la sienne aujourd’hui. Là, hélas, vous avez échoué François Hollande !

La vérité est, et nous ne l’oublierons jamais, la clé de toute politique de réformes. Il n’y aura plus dans l’avenir de gouvernement possible ni pour les illusions ni pour les mensonges, parce que l’on ne peut pas imposer un effort à un peuple si l’on n’a pas noué avec lui un contrat fondé sur la réalité de sa situation et la vérité sur les objectifs de rénovation qu’on lui demande. Des illusions et des mensonges, il y en a beaucoup dans la vie politique française. Je suis frappé de voir que face à l’extrême-droite, les responsables politiques sont devant Marine Le Pen comme les lapins pris dans les phares d’une voiture, comme dans un état cataleptique. Moi je vous propose d’échapper à cette malédiction cataleptique en disant les choses comme elles doivent être dites. Aujourd’hui l’extrême-droite et l’extrême-gauche défendent au mot près la même politique économique. Je ne dis pas qu’ils sont d’accord sur tout. Je sais très bien ce que les uns disent sur l’immigration, sur cette manière de chercher à faire flamber les antagonismes et les haines entre Français, entre tous les habitants de notre pays quelles que soient leurs origines.

Mais sur le fond de la politique économique, sur ses trois grands chapitres : sortir de l’Union européenne ; sortir de l’euro ; recourir à nouveau aux facilités de la dévaluation et des subventions publiques et des allocations de toute nature, aux augmentations de tout ce qui fait plaisir, et aux diminutions de l’effort, il y a convergence. J’en ai eu une confirmation lors du débat que nous avons eu jeudi sur France 2 à l’émission « Des paroles et des actes » : Marine Le Pen et ce qu’il y a de plus à gauche dans le monde politique français défendent exactement la même politique, ce qui m’a amené à dire à Pierre Laurent sur le plateau : « Mais ne l’interrompez pas, elle défend la même politique que la vôtre !». Or, cette politique-là, la fermeture des frontières, la dépense publique et le retour au franc, la politique de la dette et la politique du déficit, et la dévaluation ressentie comme un bienfait, c’est une politique mortelle pour notre pays. C’est du mensonge et de la folie !
Ce que nous avons combattu quand c’était à dose faible dans le programme des uns ou des autres nous n’allons pas l’accepter ni être paralysés demain. Ces poisons sont la contestation de toute la démocratie française. Nous sommes clairement, volontairement, déterminés à défendre la vérité qui seule peut nous permettre de reconstruire notre pays, à écarter les illusions, les mensonges, les haines qui ne peuvent que nous conduire au drame national le plus grave que nous ayons rencontré depuis de très longues années.

Nous avons organisé nos Universités de rentrée sous le thème de « Reconstruire ». Reconstruire la France, la démocratie, notre pays, nos institutions parce que nous pensons qu’il existe en effet une autre politique, pas celle qu’on nous propose sous ce vocable, pas la politique de la facilité, mais une politique  au contraire beaucoup plus fondamentale, qui ne se limite pas à programmer des coupes et encore des coupes même si elles sont nécessaires dans la dépense publique. Je crois à une politique qui ne se contente pas de couper mais qui recoupe, répare, corrige, reconstruit, et qui vivifie les piliers de la société dans laquelle nous vivons. Ce n’est pas seulement que notre pays dépense trop, c’est un problème, quand on vit au-dessus des équilibres entre ce que l’on dépense et ce que l’on prélève. Ce n’est pas seulement cela, c’est aussi qu’il dépense trop pour agir mal, et qu’en agissant mal, il est incapable de faire une société solidaire et en particulier de produire assez pour financer la solidarité dont il a besoin.

Je voudrais vous rendre attentif à ce chiffre, au classement du produit intérieur brut – je rappelle que c’est la somme de tout ce que, dans une année, on produit comme services, produits matériels, échanges dans une société comme la nôtre – : lorsqu’il s’agit du PIB par pays, notre pays est très haut placé dans le classement, nous sommes 4e de tous les pays européens. Mais si vous prenez un autre classement, le PIB divisé par le nombre des habitants, alors, à ce moment-là, on a une très mauvaise surprise de découvrir que dans notre pays, le PIB par habitant nous met au 12e rang. Et nous ne cessons de descendre depuis des années parce que nous sommes bloqués dans l’épanouissement de notre capacité à produire, à concevoir, à inventer, à innover, et cela se fait sentir.  C’est ce que Robert Rochefort ne cessait de répéter aux politiques, dans ses anciennes responsabilités, au CREDOC. Quand vous avez un produit intérieur brut qui augmente de 0.5 par an, et que le nombre de foyers augmente lui de 1% par an, alors cela veut dire que les moyens, le niveau de vie de chacun des foyers français a baissé en termes réels dans l’année qui vient de s’écouler. Cet indice-là de la paralysie française, ce qui s’appelle l’appauvrissement français, il faut que nous le regardions pour en tirer des conclusions. Beaucoup parmi vous ont dit – ils m’ont même écrit des petits mots : « Oui mais dites-nous ce qu’il faut faire » ; « Si demain vous aviez le pouvoir, quelles seraient vos premières décisions ?  Dans quoi vous engageriez-vous ? « Et ne nous dites pas : il faut, y a qu’à, il convient de. Dites-nous ce qu’il faut faire clairement ». Et bien je vais vous dire ce que, à mon avis, il faut faire clairement. Pour reconstruire la France, une maison, il faut reconstruire les piliers de la maison, pour leur rendre leur force, leur puissance, leur capacité de soutien de la maison et il y en a beaucoup de ces piliers. Je vais aller très vite en énonçant seulement les quelques pistes qui me paraissent nécessaires.

Premièrement, dans cette reconstruction, dans ce chemin de reconquête, le premier objet de reconquête, c’est l’Etat. Il faut reconquérir le domaine de l’action publique nationale et locale qui est aujourd’hui dans un affaiblissement continu, une asthénie comme diraient les médecins, une absence de volonté, d’énergie, qui sont tout à fait inédites dans un pays dont l’Etat a été le pilier central. L’Etat c’était la France, c’est l’Etat qui a fait la France. Nous avions, citoyens, tous les jours recours à l’Etat qui soutenait la tranquillité, le vivre ensemble des Français, et peu à peu l’Etat s’est retrouvé enserré dans deux pièges énormes. Le premier c’est la complexification perpétuelle, incompréhensible pour le commun des citoyens. Le deuxième est la prolifération de règles et de normes qui paralyse l’action publique à tous les niveaux. François Haab, nouveau conseiller de Paris, grand médecin, m’écrit tous les jours sur cette espèce de paralysie dans le monde de la santé, notamment l’administration des hôpitaux. C’est vrai dans ce domaine, là, mais c’est vrai dans tous les autres, l’Etat ne répond plus. Au lieu d’être soutien, il est devenu bloquant et autobloquant. Il bloque l’action des animateurs de la société, créateurs, chercheurs. Imaginez les cataractes de paperasse auxquelles les chercheurs français sont désormais soumis dans leur travail. Ils ont le sentiment que pour un certain nombre d’entre eux – c’est le cas aussi des universités – ils ne peuvent plus agir parce qu’ils épuisent leur énergie à rendre compte de leur action. Il est donc vain de poser la question du coût de l’action publique si l’on ne pose pas d’abord la question de son organisation, la question de l’initiative et de la simplification à l’intérieur des services de l’Etat, la question de la réforme et de la simplification des normes et de l’instauration d’un devoir de souplesse dans leur utilisation.

Parmi les échecs qui resteront au débit de ce gouvernement, parmi les promesses non-tenues, que l’on fait semblant de tenir mais qu’en réalité on trahit, il y a celle, attendue et trahie, de la nouvelle architecture des collectivités locales. Cela nous plonge dans une colère d’inspiration profonde et irréductible. On nous a annoncé – et nous avons applaudi, nous avons soutenu cette idée sous tous les gouvernements successifs – que le labyrinthe qu’on avait créé dans les collectivités locales rendait impossible la lisibilité de l’action publique pour les citoyens. Et j’ai, le premier, depuis très longtemps, proposé que l’on fusionne les départements et les régions, que l’on aille vers un rapprochement, donc une seule administration avec des élus venant du terrain, capables de gérer en même temps le local, qui est une proximité, et le régional qui est stratégique quand les positions divergent au sujet de l’aménagement du territoire. C’est le projet que nous avons défendu ensemble depuis 2002, auquel peu à peu, les citoyens les gouvernants, ont semblé se rallier. Et puis le gouvernement a dit : « Au moins nous, nous irons au bout de cette question ». Et ils ont annoncé que l’on allait faire la réforme des conseils généraux pour partager les prérogatives des conseils généraux entre les collectivités de premier rang que sont les intercommunalités, communauté de communes et d’agglomération, et la région pour le côté stratégique. On est parti de là, et nous avons approuvé cette orientation. Et que s’est-il passé ? On est entré dans des débats byzantins, marqués au point de la stupidité administrative et de l’incompréhension politique, qui nous amène à la situation suivante : premièrement le découpage régional que l’on nous propose est un découpage qui nie l’idée même de région. Nous sommes des décentralisateurs, qu’est-ce que cela veut dire décentralisateur ? Cela veut dire que nous pensons qu’un certain nombre de décisions, d’orientations pour l’avenir d’un territoire, doivent être délibérées au plus près des citoyens, et encore faut-il qu’entre ces citoyens il y ait une unité, une identité, qu’ils se reconnaissent membres du même ensemble, et qu’ils aient la même tradition culturelle, les mêmes modes de vie. Si vous faites exploser la nécessaire identité des régions, comme c’est aujourd’hui le projet, il n’y a plus de volonté politique possible.

Exemple : nous en Aquitaine, nous rencontrons une situation formidable. L’Aquitaine, pour vous le rappeler, c’est l’ancienne province de Gascogne et la toujours neuve, nouvelle, vivante et vivifiante province du Béarn. Il serait tout-à-fait possible et imaginable d’avoir un rapprochement historique pour compléter cette unité provinciale avec les Charentes. Les deux Charentes sont en effet dans le même univers culturel que ces deux provinces. On est donc parti de là, mais après on nous a dit : « Écoutez, on va mettre l’ensemble de l’Aquitaine avec l’ensemble du Poitou-Charentes. » En Poitou-Charentes, il y a la ville de Bressuire. Dieu sait que j’aime Bressuire : ma femme ayant grandi à Bressuire, j’ai une amitié profonde pour ce pays. Mais Bressuire-Pau, c’est 500 kilomètres ! Il y a des mouvements qui se sont exprimés et il me semble qu’une élue de Poitou-Charentes a dû téléphoner à l’Élysée en disant que ce montage-là n’était pas idéal : alors nous allons laisser l’Aquitaine dans son périmètre actuel. Nous sommes donc partis de l’Aquitaine, puis il y a eu Aquitaine-Charentes, puis il y a eu Aquitaine et Poitou-Charentes, et nous sommes revenus à Aquitaine seulement… tout cela annoncé officiellement par l’Élysée ! Nous faisions alors contre mauvaise fortune bon cœur. Et bien ce n’était pas fini car il y a eu aussi le Limousin et, dans le Limousin, les amis politiques du Président de la République ont à leur tour décroché le téléphone. Résultat, le Président de la République dans sa souveraine science et la civique inspiration de son bureau, a décidé que pour des raisons politiques, il convenait que désormais ce soit Aquitaine, Poitou-Charentes et Limousin ! Pau-Limoges : 500 kilomètres. Limoges-Bressuire : 250 kilomètres. Bressuire-Pau : 500 kilomètres. Pour faire le tour de la région il faudra approvisionner 1250 kilomètres de frais de déplacement. Si vous me dites qu’avec ça on va faire des économies je vous garantis qu’on est en train de nous tromper. Et c’est la même chose pour la potentielle Alsace-Lorraine-Champagnes-Ardennes. Et pendant ce temps on laisse la Bretagne toute seule, et encore plus révélateur : la Bretagne sans la Loire-Atlantique. Je suis pour le droit des peuples à réfléchir à leur organisation. Et la région Centre : toute seule ! Vous voyez : Aquitaine-Poitou-Charentes-Limousin, Alsace-Lorraine-Champagnes-Ardennes – foin de toute unité et identité, on s’en fiche – et la région Centre reste toute seule pour la raison qu’ils nous pas voulu offrir à Jacqueline Gourault et à Marc Fesneau le boulevard qui autrement se trouvait devant eux. C’est quoi tout ça ? La pensée techno-administrative nous vend cela depuis longtemps, au nom du principe « Plus c’est gros, mieux c’est » : « Big is beautiful ». Moi je pense qu’il arrive que plus c’est gros plus c’est impuissant. Ils pourraient économiser de l’argent autrement et je vais vous montrer la raison très simple : qu’est-ce qu’on va faire entre Aquitaine Poitou-Charentes et Limousin pour ce qui est de la capitale régionale ? Je vous parie que des capitales régionales il y en aura trois : une pour le législatif, une pour l’exécutif et une pour l’administratif. Et ce sera évidemment beaucoup plus cher car il n’y aura pas d’unité de lieu, pas d’unité d’action et pas d’unité de temps.
Il y a quelque chose d’absolument stupéfiant dans le discours de Manuel Valls : les conseils généraux devaient disparaître avant qu’on ne discute de la réforme et aujourd’hui les conseils généraux non seulement ne disparaitront pas mais il y en aura désormais de trois sortes : les conseils généraux « métropolisés », les conseils généraux « fédérations d’intercommunalité » et les conseils généraux « maintenus ». Ne me dites pas que c’est cela la simplification du millefeuille français ! On fait tout cela pour quoi ? Pas pour améliorer l’efficacité des services, pas pour faire des économies… On fait tout cela pour une seule raison : avoir une réforme au palmarès et faire croire à Bruxelles que la France est en train de se réformer. On nous trompe et on essaye aussi de tromper nos partenaires européens. Ceci n’est pas digne du gouvernement de la France et de la démocratie.

Je suis obligé d’aller vite, bien que j’aimerais consacrer beaucoup de temps au sujet que je vais traiter : la reconquête de l’Éducation nationale. C’est ce que je crois essentiel, ce que je crois de plus important pour le pays et je veux simplement rappeler que sur au moins trois sujets on manque à cette obligation par défaut de vision et de capacité à entrainer la communauté humaine qu’est l’Education nationale. J’ai exercé cette responsabilité pendant de longues années et j’en suis sorti avec l’amitié et l’estime que je porte au monde de l’éducation mais aussi le sentiment que vous pouvez parfaitement réfléchir et changer les choses avec lui. Il y a en France une légende qui veut que ce soit un monde maudit et d’ailleurs on voit des ministres de l’Education successifs qui sortent épuisés, décomposés, défaits, après avoir exercé leur fonction. Moi je me porte en faux : je crois que c’est une communauté humaine de haute conscience, avec quelques travers, quelques défauts, quelques réflexes non totalement maitrisés, notamment quand il s’agit de revendications de postes. Mais sur le fond, par l’esprit, la connaissance et la compréhension des questions, on peut discuter de l’école et avancer avec elle.

Je veux juste signaler que nous avons trois chantiers immédiats devant nous. Le premier concerne les fondamentaux : la lecture, le calcul, l’écriture. Permettez-moi au passage de dire à quel point beaucoup de Français, beaucoup de femmes et d’hommes humbles ont été choqués d’entendre dire par le Ministre de l’Économie que les ouvrières de Gad étaient probablement illettrées. C’est une blessure et je voudrais vous dire pourquoi : ce que le ministre ne sait pas, c’est qu’il y a aussi des gens diplômés, qui ont fait bac+2 et qui sont souvent là car le marché de l’emploi étant ce qu’il est, on ne trouve pas d’emploi par ailleurs. Deuxièmement que le mot « illettrées » ça peut cacher un certain nombre de difficultés : je suis entré dans la vie politique par la présidence du Groupe permanent de lutte contre l’illettrisme. Ce n’est pas la même chose de dire qu’il y a un problème d’illettrisme en France et de traiter quelqu’un d’illettré. Il se défend en disant qu’il appelle un chat un chat : ce n’est pas-du-tout la question. Je demande qu’on appelle un chat l’incapacité dans laquelle se trouve l’action publique dans le monde éducatif et je demande que l’on n’utilise pas le mot « illettré »  comme quelque chose qui pourrait être ressenti que comme une injure à l’égard de femmes et d’hommes qui mènent la vie dure qui est la leur et qui ne sont pas responsables de la situation dans laquelle ils sont. Je demande qu’on réalise ce que c’est que de dire que la responsabilité du malaise et de la situation difficile d’un certain nombre d’entreprises viennent de la situation des employés et des ouvriers qui seraient pas à la hauteur de la tâche !

Oui, je veux dire que nous avons un grand problème de transmission des fondamentaux. Vous savez bien les chiffres : 30% des élèves qui devraient parfaitement maitriser l’écriture sont en difficulté devant la lettre et le sens de ce qu’ils écrivent. Il est nécessaire, il est un devoir de travailler sur cette transmission et de manière plus efficace qu’aujourd’hui, dans une époque où par exemple il existe des instruments numériques pour transmettre et répéter, pour multiplier les exercices qui vont de la lettre au son, puis au sens et enfin directement de la lettre au sens. Il y a beaucoup d’outils qui ne sont pas utilisés : le travail sur la transmission et les résultats de celle-ci doit être un impératif pour ceux qui veulent aller à la reconquête de l’Education nationale.

Deuxièmement on a un problème de culture, c’est évident. Je suis un défenseur de la culture générale. Alors on me dit : « Mais Monsieur, il y a Internet et tout est à disposition ! Il suffit de taper dans Google le bon mot et… » : Et bien non. Google est un outil formidable, je dirais même miraculeux. Si les générations précédentes avaient su que nous aurions à notre disposition sur la surface d’une feuille de papier toutes les bibliothèques du monde, elles seraient tombées en admiration devant cette innovation. Mais si vous n’avez pas la culture générale, qui est à la fois la carte et la boussole de la jungle qu’est Internet, vous n’avez aucune chance de vous en sortir. Le numérique n’est pas la seule réponse : la clé d’Internet c’est la culture générale élémentaire. Si vous voulez être progressiste, il faut être du côté des acquis et vous avez même le droit d’être un peu réac’, car sur ces sujets cette réaction là c’est le vrai sens de l’humanité. L’enseignement démocratique ne dépend pas des moyens. C’est un sujet difficile mais dont je supplie les actuels responsables de l’Education nationale de croire que c’est un sujet des plus fondamentaux : il faut que les enseignants et spécialement les jeunes puissent faire cours dans leur classe sans être insultés, chahutés. Entendez-moi bien : ils s’en vont. On est dans des temps de chômage, ils ont beaucoup de mal à trouver un emploi… Ils passent les concours et ils sont pris. Parce qu’ils n’osent pas dire que la situation qu’ils rencontrent dans leur classe est impossible pour eux, qu’ils sont plongés dans un tel chaos psychologique et culturel où il n’y a que bazar et agressivité, ils s’en vont. Personne n’en parle parce qu’on n’ose pas traiter ce genre de questions. Je considère cependant le calme dans la classe, le respect de cette règle qui fait qu’un enseignant –fût-il jeune – soit respecté et écouté comme principale. Il le faut, c’est une nécessité. Il faut prendre les décisions nécessaires en éducation civique. Il faut s’enquérir du sort des plus fragiles de nos enfants et prendre conscience que ceci est de la non-assistance à enfant en danger qui devrait être punie. Lorsque nous laissons ces choses abandonnées, ce sont les enfants qui sont abandonnés ce sont les enseignants que nous abandonnons, et nous devrions au contraire restaurer les enseignants pour instaurer les enfants.

Je voudrais aussi parler de la formation professionnelle. C’est impossible à supporter. Je sais qu’un certain nombre dans la salle vont me dire : « Enfin, François, vous ne vous rendez pas compte : la formation professionnelle c’est beaucoup d’emplois, c’est notre gagne-pain. Et puis ça ne fonctionne pas si mal. » Cela fonctionne très mal ! J’ai un souvenir formidable avec Balladur : nous étions autour de la table avec Édouard Balladur, François Fillon, Nicolas Sarkozy. Le ministre du travail veut aborder le sujet de la formation professionnelle. Jusqu’alors, l’antagonisme était total entre les organisations syndicales et les organisations professionnelles, chacun défendant sa position avec agressivité. Puis arrive le sujet de la formation professionnelle et là, mes chers amis, un climat d’unanimité onirique et de paix sociale absolue s’installe. Chacune des délégations, les unes après les autres, défendaient avec une assurance parfaite que la situation de la formation professionnelle était parfaite et qu’il ne fallait absolument rien y changer. C’était il y a vingt ans et je peux vous assurer que depuis rien n’a changé. La formation professionnelle va inégalement aux salariés et n’est pas une réalité constante et quotidienne de la société française comme elle devrait l’être. On est en défaut de ce point de vue et la reconquête du travail passe par une reconquête de la formation professionnelle qu’il faut orienter en priorité  vers les personnes qui en ont le plus besoin. C’est une nécessité.

Je vais aussi parler de nos règles et de nos codes. Je voudrais partir d’une idée simple qu’est la reconquête de la citoyenneté à tout égard : la citoyenneté politique, la citoyenneté sociale, la citoyenneté économique. Je veux parler d’une vieille maxime juridique dont nous devons faire une loi : « Nul n’est censé ignorer la loi ». Or les lois sont édictées non pas pour qu’elles ne soient pas ignorées, mais en réalité pour que personne ne les comprenne. C’est vrai dans le monde du travail, dans le domaine fiscal et probablement le domaine procédural. Toutes ces règles sont incompréhensibles pour le commun des mortels et des citoyens et sont devenues affaire d’antagonismes entre spécialistes d’un côté et spécialistes de l’autre. Le contrat que représente une règle ou un code est aujourd’hui inaccessible à tout citoyen et ceci est la raison principale de la défiance des entreprises, des salariés et des citoyens. C’est pour ça que nous sommes passés de 90% de CDI à 95% de CDD, c’est pour ça que personne n’ose plus embaucher, c’est pour ça que l’apprentissage est en situation de crise. J’ai rencontré des artisans qui me demandent « Pourquoi devrais-je prendre un apprenti alors qu’il n’a pas le droit de monter à l’échelle ?» Pourquoi prendrait-il en charge la paperasse et l’investissement que ça représente à partir du moment où l’on complique à ce point la vie des acteurs du monde économique. « Nul n’est censé ignorer la loi » doit obliger le législateur à écrire la loi de manière à ce que les citoyens puissent la comprendre quand ils la lisent, puissent l’apprendre par cœur, et savoir se défendre eux-mêmes sans avoir besoin d’avocat ou de syndicat. J’ai montré à la télévision l’autre jour les codes du travail suisse et français pour comparaison. Si en Suisse le travail était mal protégé, pensez-vous qu’il y aurait moins de 4% de chômage et qu’il y aurait 300.000 Français qui traversent la frontière chaque matin pour travailler pour des salaires 20 à 30% supérieur à ceux pratiqués en France ? Je ne veux pas faire un exemple de la Suisse mais j’admire un pays qui n’a pas de ressources naturelles, qui est puissamment exportateur, avec une monnaie très haute. Je préfèrerais un code du travail léger et compréhensible par tous, ce serait un progrès social. En matière de fiscalité, que font nos codes ? Je m’excuse pour ceux qui sont dans la salle mais ils assurent les revenus et la stabilité des conseillers fiscaux. C’est tellement incompréhensible et tellement lourd que chacun fait appel à un spécialiste pour apprendre comment contourner la loi. Et notre projet est que la loi soit rendue compréhensible par tous pour que le moins possible tente de l’éviter. Sans perdre de vue l’impératif de bonne gestion, je suis en train de dessiner un projet de société radicalement différent de celui choisi depuis probablement 12 ou 15 ans. Nous avons une vision qui consiste à ramener la confiance en rétablissant la compréhension mutuelle entre ceux qui ont la charge de respecter la loi, ceux qui ont la charge de l’écrire et ceux qui doivent la faire respecter. En regardant l’actualité récente, on se dit que se serait une grande révolution en France si les lois étaient telles que ceux qui les votent soient aussi respectueux des lois que ceux qui sont censés les appliquer.

Le dernier sujet avant de rentrer dans le vif de l’actualité : les institutions. J’ai depuis longtemps proposé dans le débat qu’on ait une collaboration en profondeur avec le citoyen sur le sujet de la moralisation de la vie politique. La vie politique est aujourd’hui source, pour le citoyen, d’ébahissement et de défiance absolue pour la raison que j’indiquais à l’instant. On comprend bien que dans plusieurs domaines, la loi des uns n’est pas la loi des autres. La loi que les uns sont obligés de respecter, les autres s’en affranchissent. Je demande que dans tous les secteurs la loi soit la même pour tous.
Je suis favorable et je défends depuis longtemps avec Charles De Courson le fait que les parlementaires acquittent le même impôt que les citoyens contribuables au nom desquels ils les votent. Ça n’a l’air de rien mais il est plus difficile de voter des augmentations des tranches d’imposition pour les classes moyennes si l’on est obligé de les acquitter soi-même et de rentrer le soir en disant à son conjoint ou à sa conjointe que la feuille d’impôt sera singulièrement alourdie l’année prochaine, comme pour l’ensemble des Français. C’est non seulement une précaution de justice et d’équité mais aussi une précaution civique contre l’excès auquel le débat public peut nous entrainer. Voilà un exemple de ce double respect de la loi, car la loi doit est la même pour tous, compréhensible par tous et appliquée à tous.

Je suis très sévère non pas sur nos institutions mais sur le fonctionnement qu’on tire de ces institutions. Exemple : est-il normal et légitime, alors que tous les citoyens s’inquiètent de la morale et des règles élémentaires de la vie publique et que les scandales s’enchaînent, qu’on ait une loi de financement des partis politiques derrière laquelle on retrouve profusion de micros-partis. Presque un micro-parti par responsable politique, sauf chez nous : ce n’est pas autre chose qu’-une organisation industrielle pour détourner la loi qu’on met, par ailleurs, en devanture.

J’ai proposé cela depuis des années, je l’ai proposé à François Hollande en lui disant : « Il faut faire un référendum sur ce genre de sujets ». Cela aurait été un atout pour le pays et même un atout pour le Président de la République mais il n’a pas voulu le faire. A mon avis ce n’était pas une erreur, c’était une faute.

La moralisation de la vie publique est nécessaire pour rendre à notre action publique les règles élémentaires que toute démocratie doit respecter pour éviter les excès. Je le dis devant vous concernant la situation scandaleuse qui a été faite, par une décision du gouvernement, au réseau des autoroutes françaises. Décision que je suis allé à titre individuel, en tant que citoyen François Bayrou, combattre devant le Conseil d’État parce qu’il y a une loi absolue en France qui est que l’on ne peut pas aliéner le domaine public sans que ce soit voté par le Parlement. Mais comme le gouvernement de l’époque sentait bien que cela ferait débat et des vagues dans l’opinion, puisque les Français ne verraient pas le revenu régulier qu’on leur avait promis, on a refusé le débat au Parlement et l’on a publié un simple décret non discuté qui permettrait de privatiser la concession des autoroutes. Et que découvre-t-on aujourd’hui ? Exactement comme je l’avais annoncé, indiqué, écrit, dénoncé sur toutes les antennes : le rendement du financement des autoroutes est, pour ceux qui ont la chance de pouvoir consentir à un tel investissement, supérieur à 25% par an. C’est la Cour des comptes qui vient de le dire. Ces 25%, ils sont simplement enlevés aux citoyens que vous êtes ; vous les acquitter au péage, vous auriez dû en avoir le retour sur investissement mais ceci est désormais parti nourrir des intérêts privés qui n’ont rien eu de plus urgent, quand ils ont obtenu cette concession, que de sortir de la côte de la Bourse afin de ne plus avoir à dévoiler leurs comptes. Ceci aurait été évité si on avait simplement respecté les institutions et les règles et je m’honore d’avoir été le seul à aller dans ce sens.

De bonnes institutions et le respect de règles sont la garantie de l’honnêteté de l’action publique. Et dans l’affaire Tapie c’est la même chose. L’affaire Tapie ce n’est pas uniquement l’affaire de Bernard Tapie : c’est l’affaire d’un État qui de manière illégitime et illégale a donné à Bernard Tapie sans cause réelle et sérieuse 400 millions d’euros de l’argent du contribuable dont 45 millions d’euros de préjudice moral. C’est ça l’affaire Tapie. Et quand je lis cette semaine que le rapport de police établi à la demande de la Cour de justice de la République affirme que, contrairement à ce que l’on nous racontait depuis des années,  Bernard Tapie n’avait pas été floué lors de la vente d’Adidas au Crédit Lyonnais mais qu’il avait gagné 250 millions de francs de l’époque, je suis satisfait. Car je l’avais dit il y a 6 ans déjà. C’est une affaire de communication qui a entrainé la situation dans laquelle nous étions. J’ajoute qu’il n’est pas de jour où je n’ai honte que 45 millions d’euros au titre du préjudice moral ait été accordé dans une opération aussi illégitime et scandaleuse, alors que la mort d’un enfant vaut à ses parents, dont désormais la vie sera brisée, uniquement 30.000 euros de préjudice moral. C’est à dire que l’on a donné 1.500 fois plus à Bernard Tapie que pour la mort d’une enfant. Et c’est la République française qui l’a fait, pour une seule raison qui n’aura pas échappé à l’observateur attentif : le préjudice moral n’est pas imposable et il fallait donc en alourdir le poids dans la balance, pour que le bénéfice fût intact. Voilà ce qu’on a fait, en France, au XXIème siècle, dans une République dont la Constitution affirme qu’elle est démocratique et sociale. Je jure qu’il y a de quoi avoir honte et que nous avons bien raison de vouloir mettre un terme à ces dérives !

Marielle a longuement parlé de notre exigence européenne et de notre devoir européen donc je n’ai pas à le faire, je peux aller vers ma conclusion. Je veux vous dire simplement que tout se tient : l’intégrité des institutions ainsi que leur représentativité. Excusez-moi mais je tiens à faire remarquer que 98% des sièges de l’Assemblée nationale et du Sénat sont monopolisés par deux partis et leurs séides qui ont obtenu ensemble moins de 35% aux élections européennes. 35% des suffrages d’un côté, 98% des sièges de l’autre. Comment voulez-vous que la confiance se rétablisse à partir du moment où il n’y a pas de représentation ? Pas de représentation juste des courants politiques, pas de représentation favorisée des milieux sociaux, des origines, des sensibilités et de la richesse des différences. Marielle me dit « Et des femmes ! », c’est vrai. Chez nous, cette équité et cette influence là existent, ce n’est pas un hasard. Pas de représentativité, ça veut dire qu’il n’y a pas de légitimité pour les dirigeants et que donc il n’y a pas de résultats ni d’influence dans le grand chantier de l’Union Européenne, pas de rôle de la France dans le monde. Nous avons très longuement discuté de ce sujet hier soir et des incohérences que nous avons été les seuls à dénoncer en approuvant l’action au Mali sans ambiguïté et en nous opposant à l’idée qui était strictement contradictoire avec celle-là de bombarder la Syrie. Dieu sait que je ne suis pas un ami de Bachar El-Assad et j’ai protesté véhémentement au fait qu’on l’invite à la tribune lors du défilé du 14 juillet et qu’on invite Monsieur Kadhafi avec sa tente à Marigny pour une espèce de séance d’humiliation de la République. Mais convenez bien que c’est absurde de prétendre qu’on va intervenir au Mali pour mettre un terme à cette barbarie qui est en route et dont sont victimes la liberté de pensée, la liberté de croire, les droits de l’Homme. Je vous conjure d’écouter ce que je dis là : parmi les premières victimes il y a les Musulmans de France et du monde entier parce que c’est leur image qui est atteinte, c’est eux qui sont blessés, c’est eux qui sont regardés du coin de l’œil, c’est eux qui sont soupçonnés alors que pour nous ils sont des concitoyens et nous avons bien l’intention que dans notre société française le sentiment qui existe entre concitoyens soit un sentiment respectueux et fraternel. C’est cela ce que nous voulons et nous nous battrons pour que les dérives, les excès, les terroristes et les totalitaires ne l’emportent pas au sein du monde dans lequel nous vivons. Voilà sur ce point les incohérences avec lesquelles on a vécu pendant longtemps.

Je voudrais finir sur l’actualité. J’ai lu dans le journal que Nicolas Sarkozy avait annoncé sa candidature à la Présidence de l’UMP. Je n’y ai pas éprouvé un sentiment de grande surprise et puis c’est un débat interne à une formation politique à laquelle je vous rappelle que nous n’appartenons pas et à laquelle je vous ai demandé de ne pas appartenir. Je n’ai pas grand doute sur le fait qu’il emportera l‘adhésion de ses militants ; c’est leur responsabilité et c’est la sienne, je n’ai pas l’intention de me spécialiser dans quelque anti-sarkozisme que ce soit. J’ai affronté Monsieur Sarkozy quand il était au fait du pouvoir, au sommet de l’influence, et que tout-le-monde se rangeait et se pliait devant lui. Cela n’a pas été notre cas ni le choix que j’ai fait.
Mais il y a une chose que je veux dire : il est dans la déclaration de Nicolas Sarkozy un aspect de ce débat qui concerne le centre dans sa responsabilité et dans son existence. Ce qui est annoncé est une tentative, de plus, de fusion-absorption du centre dans une réédition de l’UMP. Je dis une réédition parce que, si je me souviens bien, normalement, l’UMP était bien le « parti unique de la droite et du centre ». Et on nous dit : alors maintenant on va faire le parti unique de la droite et du centre, à partir de l’UMP qui était déjà le parti unique de la droite et du centre et avec d’autres formations du centre, l’UDI pour ne pas la nommer.

Or je veux vous dire ceci, simplement mais gravement : la politique française a besoin de tout sauf d’un parti unique. La vie politique française aujourd’hui, elle a le plus grand besoin d’échapper à la mainmise d’un appareil unique, d’une organisation unique, de courants internes d’un appareil unique, de luttes de courants internes d’un appareil unique, des habitudes et des dérives que nous ont imposé depuis des années le monopole du PS et de l’UMP. On ne va pas aller dans ce sens, on va aller contre cette logique.

Et donc ce que je dis devant vous, non pas sur facebook mais devant une salle engagée, ce que je dis devant vous c’est qu’il faut exactement le contraire. Il faut du débat, il faut de la liberté de pensée, il faut de la confrontation d’idées, il faut non pas des satellites et des soumissions, mais il faut des égaux, des partenaires de plein exercice, des gens différents, des expériences différentes, des convictions et pas des soumissions. C’est ça qu’il faut aujourd’hui à la France.
Et je dis devant vous et en votre nom que la tentative toujours recommencée de soumettre subrepticement le centre, je suis garant qu’elle ne réussira pas plus aujourd’hui qu’elle n’a réussi hier. La vocation du grand courant démocrate et républicain, du grand courant du centre français, ce n’est ni la disparition ni la soumission ni la mise aux enchères, c’est la liberté et l’indépendance, pour que triomphent non pas les intérêts de camps et de clans, mais l’intérêt général et le bien commun.

Je suis garant de l’indépendance, de la liberté de pensée, de la souveraineté dans ses choix de ce grand courant de pensée, le plus riche sans doute ou parmi les plus riches de la tradition politique française. L’existence du centre, libre, porteur de valeurs et enfin uni – je m’adresse à nos amis de l’UDI en particulier -, l’existence de ce centre, libre et porteur de valeur et enfin uni, c’est la garantie pour tous les Français, qu’ils pensent comme nous ou non, du droit au pluralisme qui est l’expression élémentaire de la démocratie. Et je suis garant, devant vous et en notre nom que personne, aucune manœuvre ne privera les Français de ce droit au pluralisme et au dialogue, et s’il le faut, du droit à la confrontation entre la diversité des courants politiques et des visions de l’avenir de notre pays. Je suis le garant de cela, devant vous et en votre nom. Et si l’on voulait limiter le débat à l’affrontement entre ce qui est aujourd’hui l’échec du PS et ce que fut hier l’échec de l’UMP, alors on donnerait au Front national le monopole de la protestation et de la contestation, c’est le plus beau cadeau à lui faire, c’est un jour ou l’autre son succès assuré, et nous sommes ceux qui pouvons et devons empêcher cette simplification mortifère.

Et je veux dire en votre nom enfin, que cette liberté, cette intégrité, n’empêchent en rien les ententes, les alliances, les rassemblements. Au contraire, on s’entend mieux quand on est pleinement soi-même, pleinement investi de son histoire et de sa vision. Nous affirmons que les rassemblements sont nécessaires en cette terrible période de doute. Et j’ai montré ces dernières semaines qu’il était des rassemblements possibles, avec des personnalités que nous considérons, regardons – au-delà de nos rangs – comme parfaitement estimables et compatibles avec les valeurs et les visions que nous portons. C’est parce qu’on est pleinement soi-même qu’on peut s’entendre avec les autres et que le jour où l’on s’entend avec les autres, alors les Français sont rassurés parce qu’ils sentent bien qu’il n’y a pas confiscation mais qu’il y a construction, et c’est cette construction que nous avons proposée pendant ces trois jours.

Vous sentez bien ce qu’il en est derrière ce que je viens d’énoncer avec vous pendant ces trois jours, que nous avons approfondi à la fois du point de vue de l’expérience de la réalité, et aussi de la réflexion de ce qu’on peut proposer à un pays. Derrière cette prise de position politique il y a quelque chose d’infiniment précieux. C’est un projet de société que nous défendons là. Ce n’est pas seulement la poursuite de ce qui existe, ni le « changer pour changer », c’est un projet de société dans lequel il y a la prise en compte des intérêts matériels, c’est bien le moins, d’une grande partie de notre peuple qui souffre, de ses intérêts moraux, de ses intérêts culturels, si j’osais aller au bout de ma pensée, je dirais de ses intérêts spirituels. C’est cela que nous avons tous ensemble à l’esprit, que nous avons bâti et que nous allons, n’en doutez pas, dans les mois qui viennent proposer aux Français pour apporter la seule réponse possible à l’angoisse qui aujourd’hui les mine et qui est celle-là notre pire ennemie. Je vous remercie. »

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