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ÉDITO JACQUES PANIC th (1)
 

Qu’est-ce-qu’on a fait au Bon Dieu ?

On a tellement fait de sensationnel, usé de superlatifs, que les expressions les plus fortes sont banalisées : elles ne font plus mouche. Bien sûr, après ce 25 mai, on les a malgré tout utilisés, tout l’arsenal y est passé une fois encore. Et puis le soufflé est retombé aussi rapidement qu’il était monté, occulté par l’affaire Bygmalion. Il en est ainsi dans notre monde : superficialité et immédiateté règnent en maîtres dans un environnement trop médiatisé.
Maintenant que la tempête est passée, il convient que les gens de bon sens examinent froidement, en  tacticiens, «l’après 25 mai». Pour cela, étudions d’abord les dangers pour la démocratie en général, pour l’Europe et la France en particulier. Pas de manière statique -à la date d’aujourd’hui- mais de façon dynamique, à court et moyen terme. Opposons-leur des modes d’action susceptibles de les combattre, et mettons-les en oeuvre.  

Au rang des dangers, les 25 % de votes exprimés pour le Front National ne sont pas les plus redoutables mais bel et bien les 57 % d’abstentionnistes. Ceux-là ne croient plus au système : le recueil de témoignages de Jean Lassalle est assez éloquent pour faire dresser les cheveux sur la tête.
L’éventail des menaces que font peser ces abstentionnistes va de la simple désobéissance civile à l’insurrection. Pour eux, les cibles sont tous les symboles du système : hommes politiques, toutes tendances confondues, la finance, les multinationales et l’administration aussi.
Si trouble à l’ordre public il y a, la question est de savoir si on aurait affaire à une somme d’individualités ou à un mouvement organisé. Avec les moyens de communication de masse d’aujourd’hui, c’est le mouvement organisé qui serait le plus probable, comme le furent les autoproclamés printemps arabes ou le mouvement des «indignés».
Il est à peu près certain que les banlieues s’enflammeraient, l’occasion de déborder de leur fief aux fins de pillage étant trop belle pour les fauteurs de troubles qui y règnent.

Certes, ce scénario est apocalyptique. Pour autant, il ne faut pas se voiler la face : après la répétition de 2007, tout le monde sait bien qu’une récidive est non seulement possible, mais attendue.

Quant aux fameux 25 % de votes en faveur du Front National, sur lesquels tout le monde focalise, ils représentent un danger bien moindre. Il s’agit d’une tentative de conquête du pouvoir par les institutions républicaines, même si la bête immonde est derrière, masquée par le faux nez de la respectabilité.
En cas de réussite de son projet, l’économie s’effondrerait, une immense déception verrait le jour et pourrait déboucher assez rapidement sur le premier scénario, en raison de l’inévitable paupérisation qui en résulterait.
Par ailleurs, il faut s’attendre au harcèlement de propagande déjà à l’oeuvre depuis longtemps dans la société, amplifié par les nouveaux relais, acquis à l’occasion des municipales et des Européennes. En particulier, la toile, déjà inondée de messages racistes et xénophobes circulant en boucle, exploitant le moindre fait divers, pourrait cette fois se déchaîner. L’omerta des médias officiels amplifierait encore le décalage informatif existant entre eux et la toile, alimentant ainsi peurs et fantasmes. La ratonnade pourrait être la manifestation extrême de cet état d’esprit nauséabond et malsain.
Le terrorisme pourrait trouver dans ce terreau un regain de vigueur. La France a beaucoup de chance, (aidée, il est vrai, par le professionnalisme et
 l’efficacité des services ad hoc), de ne pas avoir connu ces dernières années d’attentats significatifs, alors que la menace est toujours évidente sur le territoire. Il faudrait s’attendre également à une intensification des départs pour la Syrie et autres lieux de djihad, à une recrudescence des incivilités et des actes de violence, avec une réponse vigoureuse des services de police et de gendarmerie, – la sécurité étant un des chevaux de bataille des frontistes-. En outre, une combinaison de ces deux dangers est tout à fait possible.

 
 
 
La connivence des politiques avec le monde des affaires représente un troisième danger. Il est stupéfiant de voir comment des gens plus qu’intelligents, tous ou presque issus d’écoles prestigieuses, peuvent être aussi aveugles et sourds. Probablement, la cupidité et la soif de pouvoir leur ont bouché yeux et oreilles. Ils ne voient pas venir la tempête que leur incurie, leur incompétence, leurs compromissions et leurs mensonges ont provoquée. Ils continuent comme si le monde n’avait pas changé autour d’eux, comme si nous étions toujours à l’époque des Trente Glorieuses, où tout était permis.
Là encore, Jean Lassalle, député hors du commun, a fait le tour de la question. Il dérange tellement, notre Jean ! Comment s’étonner dans ces conditions, que des
medias aux ordres ne lui fassent aucun écho ?
Avec leurs complices de la finance et des affaires, ils utiliseront tous les moyens que leur offrent la loi et des bataillons de juristes, pour pérenniser l’état actuel des choses. Sans commentaires…

Alors, que faire ?

Tout d’abord, quels sont nos moyens ? À la vérité, soyons honnêtes : pas grand-chose.
Le Mouvement Démocrate n’a plus les gros bataillons de militants qu’il eût après 2007. En tout cas, ses finances sont à l’étiage. En outre, la reconstitution du Centre l’a amené à revenir au jeu de la politique politicienne et des alliances de circonstance, qui condamnent précisément le monde politique aux yeux de 57 % de nos concitoyens. Il n’est plus très sûr que Marianne soit un relais de ses messages, comme ce fut encore le cas dans un passé récent. La personnalité emblématique de son président, après une traversée du désert, retrouve un certain écho, mais certainement pas auprès des 57 % d’abstentionnistes, incapables de faire la différence entre François Bayrou et le reste de la classe politique. Des sites existent ici et là, à commencer par celui du MoDem 56, mais leur audience est difficile à cerner. Enfin, l’initiative de Jean Lassalle et ses Cahiers de l’Espoir sont systématiquement occultés par les médias officiels, et il y a peu de chance qu’ils changent d’attitude dans un proche avenir.
La modicité des moyens éclaire les modes d’action possibles, en ce sens qu’elle les limite. Il faut néanmoins tenter de prévenir la première menace et de s’en prémunir, tenter de résister à la seconde.

Face aux dangers que font peser les 57 % d’abstentionnistes, il faut hélas se préparer à la violence tout en tentant de l’éviter. Le mouvement, à tous les niveaux, doit envoyer le même message :
– propositions pour une profonde réforme du monde politique, et non plus de sa seule moralisation .
– encouragement, engagement et soutien de toutes les initiatives d’économie alternative et de gestion participative de la société, chères à beaucoup d’ abstentionnistes, qui y sont généralement investis ;
– projection prospective d’une vision humaniste de la France et de l’Europe à moyen et long terme.
Encore faut-il s’atteler sans tarder à l’élaboration de ce message. C’est ce que tente de faire Jean Lassalle actuellement. C’est en effet le public des abstentionnistes que son action cible. Comme il le dit lui-même : «il est minuit moins cinq».Je crains qu’après ce 25 mai, il soit maintenant minuit moins une ou deux !
Par ailleurs, il faut, hélas, commencer à réfléchir à la violence, de plus en plus inéluctable au fur et à mesure que le temps passe, sans apporter la solution miracle que tout le monde souhaite. Il n’y a que deux solutions : se mettre à l’abri, en quelque sorte se retirer sous sa tente, ou être en mesure de se défendre en cas de besoin !!   Chacun doit y songer.
Face aux frontistes, il faut se battre aussi, mais sur leur terrain. L’idéal serait d’investir la toile , en dehors des sites actuellement animés pas de vaillants bénévoles. En a-t-on les moyens financiers et humains ? Si oui, combattons-y leurs idées, tournons les en dérision, mettons-les au pied du mur de leurs inepties et de leurs contradictions. De manière défensive, sur leurs propres courriers électroniques qui jouent sur la peur et la xénophobie, mais aussi de manière offensive : exploitons, nous aussi l’actualité, pour démontrer les méfaits de leur politique, en lançant des chaînes d’opinions comme ils savent si bien le faire. Et puis, bien sûr, faisons-le également dans notre entourage : famille, relations, amis, travail.
Face au troisième danger, il n’y a hélas rien à faire. Les politiques tiennent l’ombre d’un pouvoir qui leur échappe de plus en plus, mais leur permet néanmoins de continuer la seule politique qui soit encore en leur pouvoir : celle de l’autruche. Ils seront balayés avec leurs compagnons de route, peut-être violemment, et trouveront encore moyen de s’en étonner !!

Même si le doute est là sur l’opportunité et les chances de succès de notre combat, continuons malgré tout, à nous battre contre l’avidité, le mensonge, l’hypocrisie, l’indifférence et la violence qui risque d’en résulter. Et puisque l’occasion s’en présente, rallions-nous à ce brave Jean Lassalle et à ses «Cahiers de l’Espoir».  Comme Edmond Rostand le faisait dire à son héros, Cyrano de Bergerac  «c’est tellement plus beau lorsque c’est inutile !» 
Au moins, emporterons-nous avec nous,  «le panache». 
Jacques ISNARD
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