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édito 1
 

Syndrome de Stockholm *

De Dominique Strass-Khan qui déclare, sans rougir à CNN « Je ne pense pas avoir de problème particulier avec les femmes », à N. Sarkozy se posant en «homme de recours», en passant par B. Tapie, «prêt à apporter sa contribution pour que le pays aille de mieux en mieux», nombre d’ hommes politico-affairistes (ou affairo-politiques, comme on veut), excellent dans le «plus c’est gros, plus ça passe» et les Français entrent insensiblement dans ce qu’on nomme «le syndrome de Stockholm»*.
Comment comprendre l’empathie des lecteurs de Paris-Match, pour le couple-modèle TAPIE ? Amoureusement enlacé et supposé faire «face à l’adversité», mettant complaisamment en scène son «combat» … (dans les jardins de son hôtel particulier ou à bord de son yacht, je n’arrive pas à me décider-eux non plus d’ailleurs-…)
Comment expliquer l’empressement des photographes se bousculant sur «les Marches de Cannes» pour prendre le bon profil de DSK et de sa nouvelle compagne (officielle) ?
Comment ne pas rester sans voix , face à la réussite marketing de la feinte victimisation d’un parti suspecté de complicité en matière d’ «in-sincérité» de comptes électoraux et de scrutins internes magouillés ? Il faut savoir que les généreux donateurs vont renflouer l’ UMP, (prenant au passage sur les deniers de l’État la quote-part de réduction d’impôt correspondante…). Notons au passage que ces 11 millions d’euros, si promptement « donnés » auraient pu être  prodigués aux handicapés, pu aider quelque association en charge de l’accompagnement  des malades d’ Alzheimer, ou améliorer le panier des restos du coeur…
Vous me direz que, sans le concours efficace et zélé de la Presse, tous ces « plans com’ » n’auraient pas pu  retourner les situations «compliquées» de départ :

  – J F Copé en s’arrogeant, sans contradicteur, le titre de «seul garant de démocratie» dans un discours devenu célèbre devant ses militants), conclut un brillant retour sur investissement.
  – DSK, en prévision d’un renvoi en correctionnelle qu’il savait prochain, sème le doute sur ses turpitudes et prépare l’opinion à croire à sa rédemption sentimentale (et pourquoi pas à une nouvelle          virginité électorale ?…)
– B. Tapie, en braquant le projecteur sur sa vie de bon père de famille laisse dans un flou artistique les méandres de ses placements off-shore et la complexité des montages de ses diverses sociétés,  toutes «familiales», il est vrai …
Par le truchement des bons sentiments, les trois larrons prennent en otages leurs contemporains, dont les impôts ont déjà hier et vont demain encore, éponger directement ou indirectement les débordements des uns… Eux, dont la confiance est gravement offensée par les errements des autres…Dans un contexte de paupérisation générale (sauf du quart des plus fortunés qui se sont enrichis de 25 %cette année), il faut d’urgence «donner l’illusion aux pauvres d’une « proximité » de pensée et/ou de coeur… induisant inconsciemment chez eux une «proximité de fortune». Le discours soigneusement mis au point par des communicants sans vergogne, fait oublier par l’utilisation honteuse des «bons sentiments», non seulement les vrais chiffres de la facture à régler, mais aussi ce qui est plus grave : les vraies détresses.
Attention ! par notre résignation face à «l’arbitrage Tapie», par notre participation aux ventes d’une presse manipulatrice, par le renflouement d’une caisse truquée de parti politique, nous glissons insensiblement vers une certaine «indulgence coupable». Si, de plus, nous votions lors de prochains scrutins, pour ceux-là qui ont pris en otage notre coeur, notre porte-monnaie, au prétexte que le pouvoir en place déçoit (mais «les promesses n’engagent-elles pas ceux qui les ont écoutées»?), nous franchirions le seuil de la «complicité»…
Pendant ce temps-là des associations caritatives, dans l’indifférence estivale la plus parfaite – elle aussi bataillent pour boucler un budget qui permettra aux plus sentencieux d’affirmer qu » «en France, personne ne meurt de faim»… Pendant ce temps-là, la majorité des associations qui viennent en aide aux plus démunis vivent une baisse significative des dons et, pour celles qui répondent aux critères d’attribution d’aide publique, assument les coupes sombres dans leurs subventions à venir. CHERCHEZ L’ERREUR !
Serions-nous sourds aux vrais détresses : celles d’ hommes d’affaires aventureux et aventuriers ? celles de politiques qui plombent les comptes collectifs à coup de dizaines de milliards d’euros (soit à coup de centaines de milliards de francs…) ou se livrent à des débordements de vie jamais sanctionnés ? NON ! À celles anonymes, honteuses et muettes des petits, des sans-grades, mis à la porte de chez eux et du même coup mis au ban de la société, pour quelques centaines d’euros d’impayés qu’un accident de la vie – un vrai celui-là – (chômage, divorce, maladie, retraite de misère) a généré…

Si nous ne remettons pas en place les vraies valeurs et n’opposons aucune résistance à «l’inacceptable»., nous glisserons de la complicité passive à un «comportement fautif».je me demande en ce mois d’août, jusqu’où ira le mauvais goût médiatique et à partir de quand nous sortirons du syndrome de Stockholm…
Aussi longtemps que nous ne nous réveillerons pas et accepterons l’inacceptable, prospérera le  «PLUS C’EST GROS, PLUS ÇA PASSE !»

Eve Roffiaen

* définition tirée de Psychothérapie vigilance.com
Amour de la victime pour son bourreau. Ce comportement paradoxal a été décrit et qualifié pour la première fois en 1978 par le psychiatre américain F. Ochberg suite à un fait divers qui défraya la chronique durant l’été 1973, quand au terme d’un hold-up manqué dans une banque de Stockholm, on vit les otages prendre fait et cause pour leurs ravisseurs, allant jusqu’à les protéger contre la police puis, après leur libération par les forces de l’ordre, à refuser de témoigner à charge contre eux lors du procès et à leur rendre visite en prison. L’une des victimes, tombée amoureuse de l’un de ses ravisseurs, finira même par l’épouser.
L’otage adopte souvent par la suite un jugement permissif vis-à-vis de la délinquance ainsi qu’une attitude souvent très critique à l’encontre de la société. L’adhésion des victimes à la cause de leurs agresseurs est souvent persistante. Ces sentiments positifs apparaissent indépendamment de toute manipulation mentale.
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