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MORALISATION, VOUS AVEZ DIT « MORALISATION » ? …

L’éditorial de cette semaine porte sur la moralisation de la vie publique : vaste et petit sujet à la fois.
Vaste, parce que les scandales ponctuent notre  quotidien à un rythme devenu surprenant,
presque intolérable ; petit, parce qu’il faut replacer cette question dans un domaine beaucoup plus large :
nous sommes entrés en barbarie.
Le mot n’est pas trop fort. Cette barbarie se traduit par une inversion totale des valeurs de la société.  De nos jours, le bien
est symbolisé par la détention de biens financiers et matériels ; le mal est, a contrario, de ne pas en détenir.
Les mots ont une importance : c’est volontairement que j’utilise la notion de bien dans ses deux acceptions.
Dans ces conditions, le bien, tel qu’il était défini autrefois dans sa relation avec une morale, une éthique, se dilue et se brouille, voire disparaît totalement.
 

Ça ne s’est pas fait d’un seul coup, bien sûr, mais insidieusement, par petites touches. Deux dates marquantes jalonnent néanmoins cette évolution :
aussi paradoxal cela puisse-t-il paraître, mai 1968 ; mais aussi novembre 1989, la chute du Mur de Berlin. J’ai été pleinement en situation d’apprécier la saveur de ces deux événements : j’avais 17 ans en 1968 ; je montais la garde aux marches de l’est en 1989.

La société, telle qu’elle a été bâtie après la Deuxième Guerre Mondiale, se relevait d’un traumatisme profond, dont elle tirait tous les enseignements,
dans ses causes comme dans ses conséquences. Une régulation protégeait les différents acteurs de leurs propres excès. Mai 68 a ouvert une brèche.
Qui eût pu penser, dans le monde contestataire de ce mois printanier, que les grands groupes de la finance et des affaires seraient les principaux
bénéficiaires des espaces de liberté conquis par la rue ? Eux ont bien compris qu’il était interdit d’interdire ! La marginalisation des églises, la
mise au ban de la morale laïque ont élargi la brèche. Enfin, la chute du Mur de Berlin, avec la disparition fracassante du modèle économique concurrent, a totalement libéré les appétits, les convoitises. La dérégulation qui s’ensuivit a consacré la justification de tous les moyens au profit d’une fin unique : l’argent.
Comment s’étonner alors, que les acteurs de la société, de la base au sommet, réagissent en fonction de ce nouveau paradigme ? Comment s’étonner de l’apparition du « gang des barbares » (le mot importe) et de toutes les violences, préméditées ou spontanées, qui font la une de nos médias, au nom de « la thune » ? Comment s’étonner de toutes les incivilités (là encore, le mot a du sens), petites et grandes, qui jalonnent notre quotidien, et dont nous sommes d’ailleurs, reconnaissons-le honnêtement, parfois les acteurs ? Enfin, comment s’étonner du comportement de certains de nos élus et responsables politiques, et des diverses affaires dans lesquelles ils sont empêtrés ?
Comment s’étonner, faute de repères autres que le lucre, de leur incapacité à résister à la corruption consubstantielle à l’exercice du pouvoir ?

Moraliser la vie publique ? Oui, bien sûr, on ne peut qu’être d’accord !
Néanmoins, cela pourra-t-il se faire sans moraliser également l’ensemble de
la société, sans la re-civiliser ? N’oublions jamais cette grande leçon :
en démocratie, on a les élus que l’on mérite
   Jacques ISNARD
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