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La loi ESR : Enseignement Supérieur et Recherche

 

Le projet de loi ESR (relatif à l’enseignement supérieur et la recherche) a été adopté par l’assemblée nationale le 28 mai 2013. Le texte est examiné du 18 au 21 juin par le sénat.

 

La loi vise deux priorités : la réussite des étudiants avec pour objectif 50% de diplômés du supérieur par classe d’âge et la dynamisation de la recherche au service de l’emploi et de la compétitivité. Il y a aussi deux objectifs secondaires, non indépendants des précédents : améliorer la gouvernance des universités et conforter l’ouverture internationale des établissements. C’est à ce dernier titre que l’usage de la langue anglaise dans les enseignements a été mis en avant, surtout par les grands médias qui ont sans doute trouvé trop techniques les autres aspects de la loi. Compte – tenu de la richesse du sujet, la présentation de cette loi est scindée en plusieurs parties : 1) l’enseignement et la réussite des étudiants 2)  l’ouverture internationale, 3) la recherche, 4) la gouvernance des universités et le décloisonnement. Nous ne présentons cette semaine que les deux premières parties.

 

Jean-François Petiot

I

Loi ESR : L’enseignement supérieur et la réussite des étudiants

 

1) Une stratégie nationale pour coordonner les formations et une carte lisible pour s’orienter dans l’enseignement supérieur (article 3)

La réussite des étudiants dans le supérieur passe d’abord par leur bonne orientation. Cette orientation passe par elle-même une bonne compréhension de l’offre de formation. La loi veut permettre d’élaborer une stratégie nationale de l’enseignement supérieur (article 3) pour organiser la complémentarité et la lisibilité de cette offre. C’est d’une certaine façon recentrer le curseur entre la centralisation et l’autonomie des universités. S’y retrouver dans le maquis des 1400 intitulés de licences générales, 2300 licences professionnelles et 1800 masters avec 10000 spécialités (si on additionne les masters publics et privés), est bien difficile, même pour un conseiller d’orientation. La méthode est d’élaborer une nomenclature nationale des formations dont le contenu et la validation sont fixés par arrêté et de simplifier le système en passant de l’habilitation (diplôme par diplôme) à l’accréditation des établissements (articles 20 et 21). Encore faudrait-il que cette nomenclature soit adaptée au monde moderne et aux nouveaux métiers. Jusqu’ici les différentes nomenclatures, que ce soit pour les formations ou les métiers, sont en retard sur la vraie vie. Il faut alors parfois faire rentrer les formations et les métiers qu’elles visent « avec un chausse-pied » dans ces nomenclatures. Dans ce cas celles-ci vont à l’encontre de la clarification qu’elles visent. L’accréditation est supposée donner plus de responsabilités aux universités et replacer l’Etat à un niveau plus stratégique, à voir. Cette accréditation par établissement pourrait porter préjudice au caractère national des diplômes comme ceux des IUT qui ont un programme pédagogique national.

 

2) Orienter prioritairement les titulaires d’un baccalauréat professionnel vers les STS (sections de techniciens supérieurs qui délivrent les BTS) et les titulaires d’un baccalauréat technologique vers les IUT (article 18)

La loi souhaite que des proportions minimales des ces diplômés professionnels et technologiques soient accueillis en STS et en IUT. Les programmes des BTS et des IUT viennent d’être revus pour faciliter l’accueil de ces diplômés, il n’y a donc pas d’opposition sur ce point pour faciliter cet accueil. Par contre la mise en place de quotas autoritairement imposés n’irait pas dans le bon sens. Les situations sont très variables selon les spécialités et certaines sont plus adaptées que d’autres à ces lycéens.  Et c’est une erreur historique largement répétée que de dire que les IUT ont été créés pour accueillir les bacheliers technologiques puisque le Diplôme Universitaire de Technologie (DUT) date de 1966 et les bacs technologiques de 1968 !  Il faut se garder de mettre en  péril un système qui fonctionne par des mesures trop autoritaires. Un meilleur accueil de ces lycéens passe d’abord par une meilleure information car les parfois faibles nombres d’étudiants d’origine technologique dans les filières d’IUT sont très souvent corrélés aux faibles nombres de candidats. On en revient encore une fois au problème de l’orientation.

 

3) Améliorer l’orientation et la poursuite d’études des lycéens en créant un continuum de la seconde à la licence, en renforçant les liens entre les lycées disposant de STS et ce CPGE (Classes préparatoires aux grandes écoles) et les universités (articles 17 et 18). J’applaudis des deux mains tout ce qui peut aider à « casser » la frontière entre le secondaire et le supérieur et faciliter l’orientation des lycéens – cela dit il n’y a pas de raison d’exclure du dispositif les lycées qui n’auraient pas de STS ou de CPGE.

 

4) Faire de l’étudiant l’acteur de sa formation, avec une spécialisation progressive des études en premier cycle, en favorisant les passerelles (articles 17 et 18).

Le Projet Personnel Professionnel (PPP) a déjà été introduit depuis plusieurs années dans le supérieur – peut- être n’est-il pas généralisé ? – en tout cas cette mesure n’est plus novatrice pour beaucoup de formations.

 

5) Doubler le nombre d’étudiants en alternance pour faciliter l’insertion professionnelle (article 15). L’alternance a, a priori tout pour plaire, elle apporte un complément financier à l’étudiant aux ressources modestes et le diplômé a une expérience professionnelle  qui ne peut que faciliter son insertion professionnelle. Dans la réalité, la mise en place de l’alternance dépend de plusieurs facteurs qui échappent aux structures d’enseignement supérieur : beaucoup d’entreprises rechignent à recruter un étudiant alternant au sortir du lycée et de s’engager envers lui pour plusieurs années alors qu’elles ne le connaissent pas et qu’évidemment ses connaissances professionnelles sont souvent inexistantes. Ainsi, dans les IUT, l’alternance n’est souvent mise en place  qu’en seconde année d’études. Sur le principe, les organisations patronales sont très favorables à l’alternance, sur le terrain il n’est pas toujours aisé de trouver des entreprises d’accueil. Un autre problème est la distance géographique entre le lieu de formation et l’entreprise. Au cours des dernières décennies on a utilisé l’implantation de formations comme un instrument d’aménagement du territoire, avec un but louable de rapprocher l’université des plus modestes, et un autre (moins louable) d’aller dans le sens de personnalités politiques locales, et sans forcément viser des débouchés professionnels locaux. Ce dernier point n’est pas une critique car fonder une formation universitaire sur des débouchés essentiellement locaux peut conduire à d’autres dangers en cas de difficultés de ceux-ci. Mais le fait est que l’entreprise n’est pas forcément à la porte de l’université, sauf dans les villes les plus importantes (et encore), et que la distance qui pourrait imposer deux logements à l’étudiant est un frein au développement de l’alternance.

 

6) Encadrer les stages et les développer en début de cursus (article 15)

Encadrer les stages et les utiliser dans un cadre pédagogique normé organisant les relations étudiant – entreprise – université est une évidence. C’est comme cela dans les IUT depuis leur création – et si ce n’est pas le cas partout il faut bien sûr aller dans cette direction. Un stagiaire ne doit pas être un salarié « low cost ». Développer les stages en début de cursus est par contre une idée pas très claire et plutôt discutable. Si on ne veut pas que le stage soit une visite touristique de l’entreprise, l’étudiant doit avoir déjà quelques connaissances qui font que ce stage sera construit sur la base d’un « donnant-donnant » ou « gagnant-gagnant ». Cela exclut un stage trop proche d’un début de cursus.

 

 

7) : Faire entrer l’université dans l’ère du numérique, en soutenant, dans le cadre d’un plan national, la mise en ligne des enseignements, le numérique comme outil pédagogique, innovant, l’accompagnement personnalisé des étudiants et la formation aux nouveaux outils (articles 6 et 16)

Heureusement, l’idée n’est plus nouvelle, et sans doute tous les étudiants disposent dans leur université d’un ENT (espace numérique de travail). Les outils numériques améliorent les conditions de travail (notamment à distance de l’université et pendant ses moments de fermeture) : les cours en ligne, les supports audiovisuels, l’Internet, la possibilité donnée aux étudiants de poser des questions par mail à leurs enseignants,…. Tout cela facilite le travail. Il n’en reste pas moins que le support numérique ne supprime pas l’effort de l’assimilation des connaissances et de leur apprentissage, que le fait pour un étudiant de disposer d’un cours numérisé ne veut pas dire qu’il a appris ce cours mais peut lui conférer  l’illusion que ce n’est pas grave car il l’a sous la main. C’est parfois aussi un facteur d’absentéisme en cours. Bref, le numérique apporte un confort et des moyens supplémentaires, il n’en pas certain  pour autant qu’il aide significativement à la réussite des étudiants. Le développement du numérique va dans le sens de l’histoire mais ce n’est pas nécessairement une clé de la réussite. L’usage des bibliothèques de plus en plus désertées en est une autre.

 

8) Expérimenter des dérogations autorisant un accès direct à certains étudiants en 2de et 3ème année de médecine, odontologie, pharmacie ou maïeutique (article 22). Il s’agit d’une expérimentation, sur le fond lancer des passerelles entre formations est un bon principe, pas d’avis particulier sur celui-ci.

 

9) Reconnaître le doctorat en le valorisant pour l’accès à la haute fonction publique (article 47) Une idée dont on verra si elle s’impose par rapport à certains conservatismes.

 

 

Loi ESR : l’ouverture vers l’international

 

1) Développer la mobilité des étudiants et des chercheurs en favorisant les parcours comprenant des périodes d’études et d’activités à l’étranger (article 8).

Le développement de ces parcours internationaux est une nouvelle mission du service public de l’enseignement supérieur. On ne peut encore ici qu’applaudir à cette volonté, en reposant la question de la prise en compte de cette activité pour des enseignants-chercheurs (cf. mesure 15). En tous cas, c’est un service aux étudiants qu’il faut indéniablement développer.

 

2) Permettre l’utilisation d’une langue étrangère dans les formations de l’enseignement supérieur dans de nouveaux cas (article 2). Il s’agit là du point de la loi (encore en débat au parlement au moment où j’écris ces lignes) le plus médiatisé. C’est beaucoup de bruit pour rien (puisqu’il s’agit essentiellement d’un conflit que certains voudraient voir entre la langue de Shakespeare et celle de Molière). Les derniers amendements des députés acceptent des cours en anglais à condition que les étudiants étrangers aient un apprentissage du français de sorte que le niveau de français soit pris en compte pour l’obtention du diplôme. En réalité il n’y a pas une réponse unique à la question, cela dépend du contexte. Si une formation est construite pour accueillir des étudiants étrangers, qui formeront alors l’essentiel du public, il est naturel qu’elle soit en anglais, car dans le cas contraire, elle est vouée à l’échec. S’il s’agit d’une formation a priori destinée à des étudiants français, les besoins pédagogiques nécessitent parfois l’usage de l’anglais – ou d’une autre langue – (usage de manuels, de documents audiovisuels, de logiciels,…). Il serait contre irréaliste de bannir des outils qui seront retrouvés dans le monde professionnel sous prétexte qu’ils sont en anglais. Tout est question de mesure et il faut faire confiance aux enseignants. Mais s’il faut un texte pour que dans ces cas là, on ne soit pas hors la loi, d’accord. C’est une légalisation a posteriori de pratiques qui existent déjà. Plus généralement, il est important de faire comprendre aux étudiants que l’usage des langues étrangères sera de plus en plus une obligation pour être compétitif dans le cadre de la mondialisation, et tous les moyens sont bons pour y parvenir, en n’oubliant pas que le meilleur, c’est la mobilité.

 

 

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